Grand Parc : La rénovation urbaine sans l’humain ?

Par Vincent Bordas

Dans les articles des journaux de référence, le directeur d’Aquitanis est qualifié de « créateur de HLM haute-couture » (1). Dans le quartier du Grand-Parc, on cède moins facilement à la fascination. Dans ce quartier longtemps laissé-pour-compte, où le projet de réfection de la salle des Fêtes est toujours obscur, 20 ans après sa fermeture, les habitants apprécient les projets de rénovations dans grands bâtiments avec beaucoup de précaution.

Sur le papier, la rénovation imaginée par les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, promet de grandes choses. D’abord parce qu’elle tourne le dos aux « rénovations urbaines » qui n’avaient pour seul but que de faire table rase du passé, quitte à renier l’histoire même des habitants. Rive droite et à Bègles, les tours rasées ont trop souvent laissé la place à l’exclusion pure et simple de leurs habitants. Sous l’impulsion d’architectes fins connaisseurs de la région bordelaise, la rénovation de la cité bordelaise devrait ne pas suivre le même chemin. Co-financeur de cette rénovation, le président de la CUB, Vincent Feltesse décrit même une « opération d’envergure visant à transformer des logements tout en maintenant leurs occupants sur site. 50 ans après leur construction, cette rénovation propose de transformer ces « barres », tant décriées par nos contemporains, en « villas » équipés de jardin d’hiver et cela sur 15 étages. »

Dans les bâtiments G, H et I, l’équipe retenue mène en effet une opération assez ambitieuse en gagnant sur la cage d’ascenseur (relocalisées en extérieur des bâtiments), de l’espace pour les petits appartements et en « greffant » des charpentes métalliques extérieures sur toute la façade des bâtiments, qui permettront quant à elles de créer de nouveaux balcons et jardins extérieurs pour les 532 logements concernés.

Une rénovation de grande qualité pour un quartier où la souffrance sociale n’épargne pas les locataires. Ceux-là même qui ont, durant des années, supporté la vétusté des immeubles, l’abandon des travaux de voirie, le manque d’équipements publics et l’absence totale de considération de la part de ceux qui aujourd’hui font dans la « haute-couture ».

Ce qui fait craindre à Denise Saint-Jean, très ancienne habitante du quartier, que « toutes les personnes concernées ne vont pas pouvoir profiter de l’amélioration du confort de leur logement ». Elle a en effet été très surprise d’être contactée par Aquitanis pour donner suite à une demande de mutation qu’elle avait émise… en 2001. L’inquiétude gagne car d’autres locataires ont ainsi été relancés. « Aquitanis va s’emparer maintenant des demandes de mutations laissées en souffrance pour tenter de « renouveler sa clientèle » excluant de la sorte du programme de modernisation nombre d’entre ceux qui n’ont connu que le « mal-logement », notamment les personnes seules et âgées qui représentent 35 % des locataires des bâtiments G, H et I.

Avec elle, les militants communistes et du Front de gauche du quartier organisaient une réunion publique le 20 mars, 18 h, à la mairie annexe. Pas pour contester un projet de qualité. Mais pour exiger qu’il soit innovant aussi socialement et humainement.

(1) Le Monde, 7 mars 2014