Hébergement de réfugiés à Bordeaux : Le squat pour répondre à l’urgence

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Le Squid, « centre social autogéré », c’est la drôle de vie que s’est choisie Juliette et qu’elle partage depuis plusieurs mois maintenant, comme d’autres militants, avec des réfugiés, des jeunes, des hommes seuls, des familles, avec ou sans enfants qui, sans ces portes ouvertes, seraient à la rue… Le squat comme mode d’hébergement des réfugiés, ce n’est bien sûr pas une réponse institutionnelle… bien sûr… quoi que…

 

Juliette a mis sa petite robe noire, a attaché ses longs cheveux blonds, elle a la peau encore toute dorée des 15 jours de vacances dont elle revient, « les premières depuis un an ». Elle reçoit dans la cuisine de cette grande maison de la rue Domercq qui semble presque ordinaire. Quand on lui demande ce qui l’a amenée à cette vie-là, elle ne semble pas très sûre de ce qu’il y a derrière cette question. Mais elle se lance et explique simplement qu’elle rencontré son amoureux qui vivait en squat à Paris et qu’elle l’a suivi à Bordeaux. « J’ai été longtemps au SMIC, presque tout mon salaire passait dans le loyer d’un logement même pas salubre. Cela me paraissait complètement injustifié. Avoir un toit, c’est un besoin vital, comme l’eau, l’énergie, l’alimentation, ça devrait être gratuit ». Pour Juliette et les 5-6 autres militants qui partagent ces lieux, vivre en squat est une manière de lutter contre la spéculation immobilière. « Le squat n’est pas une affaire de toxicos. Beaucoup nous voient comme des parasites sociaux mais, personnellement, je n’ai jamais autant travaillé. Tout le monde peut squatter mais nous nous appuyons sur des lois, nous avons des avocats, il y a des procédures assez lourdes pour justifier notre présence et y rester le plus longtemps possible ».

Il ne s’agit pas de s’approprier n’importe quel logement, il y a un travail de repérage des bâtiments publics désaffectés pour lesquels il n’y a pas de projet proche ou de logements privés dont il n’y a pas de trace des propriétaires. L’idée de départ était de créer un lieu social et culturel avec des ateliers animés par les étudiants des Beaux-Arts, par exemple, pour croiser des populations différentes… Des projets vite submergés par les demandes d’hébergement, en particulier de réfugiés rejetés du 115. « C’est saturé en permanence même pour des familles avec enfants. On se demande d’ailleurs si on ne va pas assigner en justice la mairie et l’État pour les obliger à régler ces situations », explique Juliette.

Dans ce squat de la rue Domercq, ils ont d’abord accueilli 8 personnes, de jeunes hommes seuls, « puis il y en a eu 15 puis 30, 40 ». Alors il a fallu trouver et placer des matelas, on en voit dans presque toutes les pièces, puis trouver d’autres lieux. Aujourd’hui le Squid, en gère 4.

À chaque ouverture d’un squat, des travaux de sécurisation des biens et des personnes sont effectués ainsi que les branchements d’eau, d’électricité, de gaz, etc. « Les ¾ des travaux, on a appris à les faire nous mêmes, puis on collecte le matériel, les meubles, etc. On fait très attention à la propreté pour que les conditions de vie soient les plus décentes possibles. On fait aussi attention au quartier où on s’implante. Quand on arrive, on va voir les voisins pour qu’ils ne soient pas affolés, je donne même mon numéro de téléphone, et on essaie de développer des échanges avec ces réfugiés qui viennent de plein de pays différents, c’est très enrichissant. Il faut aussi prendre contact avec les associations qui soutiennent ces populations sur le plan alimentaire, sur les questions de santé… Et bien que nous nous référions à l’anarchie, il a bien fallu mettre en place quelques règles pour éviter les problèmes d’alcool, de drogue, les violences. Ça a été difficile pour nous de devoir exclure des gens mais on a dû le faire parce qu’ils étaient dangereux pour les autres. Le CCAS et même la police, l’hiver dernier, nous envoient des personnes. Le CCAS a bataillé pour qu’on ne soit pas expulsé parce qu’on fait ce qu’ils ne peuvent pas faire, par rapport au coût mais aussi la réactivité ».
Voilà toute l’hypocrisie des autorités publiques qui décrient les squats souvent au nom de la dignité et de la sécurité des personnes mais s’arrangent pour que d’autres prennent la responsabilité à leur place de les héberger avec les moyens du bord quand ces mêmes autorités n’ont rien d’autre que la rue ou les ponts à proposer.
« On ne devrait pas exister. On pallie aux carences de l’État qui refuse de mettre les moyens et de prendre en compte toutes les problématiques des personnes à la rue. Ça ne colle pas avec ce qui est proposé. »

Pourtant, le squat, c’est un peu une culture, en tout cas un mode de vie, une responsabilité collective auxquels ne sont pas toujours aptes les personnes qui s’y retrouvent. Mais cela ne décourage pas Juliette. « On essaie de faire participer chacun en fonction de ses possibilités. N’importe qui a une particularité qu’il peut apporter aux autres. Certains s’investissent très vite, pour d’autres c’est plus difficile parce qu’ils savent que cet hébergement n’est pas fait pour durer alors ils ne voient pas toujours l’intérêt de s’y investir ou ils ont du mal à comprendre la différence avec le foyer par lequel ils sont passés et où ils recevaient des services. D’autres sont trop marqués par leur parcours d’exil comme ce jeune de 20 ans qui faisait pipi au lit parce qu’il a passé 4 ans d’esclavage en Libye et a survécu à 2 naufrages. Beaucoup ont aussi tout simplement fait des boulots très durs sur leur parcours d’exil et souffrent du dos et des articulations. Heureusement, il y a Médecins du monde, l’ASTI ou encore le CCAS avec qui on peut travailler, ce qui nous permet de nous concentrer sur la priorité de l’hébergement et de la nourriture ».

À travers ces hébergements, le Squid tient à montrer que même si on n’est pas très « adapté », on peut trouver le moyen de vivre dignement.
De la communication, du droit immobilier, du droit de l’immigration, de la prospection, des travaux, de la collecte, de l’administratif… On se demande combien de temps, tout militant qu’ils soient, ces « squatteurs » vont tenir. Pour Juliette, c’est clair : « pas longtemps ». Ils ont répondu à une urgence, il s’avère que l’urgence perdure mais « le but est de créer un mouvement, avec de la relève ». « On n’a pas créé d’association justement pour ne pas être prisonnier d’un cadre. Ce qui est intéressant, c’est le chemin pour trouver des solutions, c’est d’expérimenter, de pouvoir en permanence s’adapter aux besoins des autres comme des nôtres et à ce qu’on est capable de faire, de donner. On vit avec les réfugiés, c’est difficile mais c’est aussi pour ça, parce qu’on connaît leur façon de vivre, leur caractère, qu’on peut mieux répondre à leurs besoins même si l’idée n’est pas d’être à leur service mais, au contraire, qu’ils soient le moins dépendants possible. Au début on connaissait toutes les personnes, là il y en a une centaine et on n’arrive plus à faire du cas par cas. On a donc vraiment besoin de renfort, même une heure ou deux par semaine. »

 

Christelle Danglot

 

Rencontres avec des recalés du 115

 

Pendant la tournée des squats gérés par le Squid, dans laquelle nous accompagne Juliette (lire ci-contre), de très jeunes hommes, familles avec ou sans père, femmes seules, toutes et tous nous ont dit que leurs appels au 115 (numéro pour l’hébergement d’urgence) avaient été, à un moment donné, sans suite et qu’ils étaient mieux là qu’à la rue.

 

On frappe à la porte, toujours fermée à clé, d’un immeuble derrière la gare, quartier Belcier, lui aussi destiné à disparaître dans le cadre du projet Euratlantique. On entre dans un salon, plus loin se trouve une cuisine, des sanitaires et des chambres, avec souvent plusieurs matelas, au rez-de-chaussée et à l’étage. Au « Bendo », il n’y a que des hommes, seuls, souvent jeunes, certains sont en attente d’une décision de reconnaissance du fait qu’ils soient mineurs comme Ibrahim qui va avoir 17 ans. Bayaiya, lui, est un des plus anciens du squat. Il est originaire de Côte d’Ivoire qu’il a quitté suite à des conflits familiaux. Après l’Algérie et l’Espagne, il est arrivé en France le 24 décembre 2017 parce qu’il est francophone. « J’ai été trois mois en foyer mais j’ai dû partir à la fin de l’hiver. J’ai plusieurs fois appelé le 115 mais ils n’avaient pas de place alors je suis arrivé au Squid le 23 mars. Ici je me sens bien, en sécurité ». Malgré ses problèmes de santé, Bayaiya est content d’avoir pu intégrer l’équipe de rugby d’Ovale citoyen, il y a déjà joué en Côte d’Ivoire. Bouba, 19 ans, qui vient de Guinée Konakry, est au « Bendo » depuis 2 mois. Lui aussi a intégré l’équipe de rugby bien qu’il n’en ait jamais touché un ballon mais quand on lui demande ce qu’il en pense, son visage s’illumine : « Ça me plait beaucoup ! Tellement beaucoup ! »

Autre lieu, autre ambiance à la « maison blanche ». Le surnom est resté pour cette grande maison du cours de la Marne, à deux pas du marché des Capucins. La aussi, il faut attendre qu’on nous ouvre la porte. Le bâtiment est sain et propre dans ses moindres recoins. Un étage accueille des femmes seules, un autre deux familles, l’une est albanaise, l’autre algérienne. Les deux semblent dans une impasse administrative après, pourtant, des années passées en France et des enfants nés ici. À un autre étage vivent 5 femmes avec enfants. Grace, allongée sur son matelas, semble déprimée, son état de santé lui a d’ailleurs fait louper un rendez-vous et elle se retrouve en situation difficile malgré des attestations justifiant la situation. En mars, sa demande d’asile a été refusée.

Dans la pièce à côté, les rires des enfants et les sourires de leurs mères réchauffent l’ambiance. La décoration et l’ameublement sont agréables, la pièce lumineuse. Otto a deux jumeaux de 4 ans et une fille de 9 ans. Citoyenne italienne, elle est arrivée en France sur la promesse d’une amie d’un travail dans la restauration qui ne s’est jamais concrétisée. À la rue avec ses enfants, elle est hébergée là depuis 1 mois. Oumou, d’origine malienne, a une carte de séjour. Suite à des violences conjugales, elle a rejoint une cousine qui a vite trouvé qu’héberger 5 personnes n’était pas une sinécure. Elle a essayé le 115, sans succès. Elle est arrivée là le 20 juin. « On ne s’imaginait pas trouver une telle tranquillité », affirme-t-elle. Mais pour combien de temps ? Tous les enfants feront leur rentrée la semaine prochaine, ils ont besoin de fournitures, y compris les cartables. Le Squid compte sur la solidarité.

C.D.

 

Collecte : Des besoins matériels et humains

 

Voici une liste des besoins des populations hébergées en squat, il s’agit de fournitures pour la rentrée scolaire des enfants qui sont tous inscrits à l’école ou au collège mais aussi de tout ce qui peut être utile dans une maison ou encore d’intervention en bricolage, électricité, plomberie, rénovation… Vous pouvez vous adresser directement au Squid, 10 rue Charles Domercq ou au journal (Les Nouvelles, 15 rue Furtado à Bordeaux), nous transmettrons.

Fournitures scolaires :
Stylo bleu
Stylo noir
Stylo vert
Crayon à papier
Taille crayon
Gomme
Bâton de colle
Feutre effaçable
Chiffon
Paire de ciseaux
Cahier de texte ou agenda
Triple décimètre
Équerre
Compas
Porte-vue de 60 vues ou 30 pochettes
Pochette de feutres
Ardoise type velleda

Pour les hébergements :
– linge de lit et serviettes, couvertures, oreillers, matelas : que du propre, évidemment
– produits d’hygiènes : savon, shampoing, brosses à dent, dentifrice…
– balais, serpillières, seaux… produits d’entretien : liquide vaisselle, sacs poubelles
– denrées alimentaires : café, thé, pâtes, riz, sucre, lait…
– tables, chaises, canapé(lit), frigos, congélateurs, gazinières, cuisinières
– ustensiles de cuisine : poêles, casseroles, assiettes, couverts…
– matériels de bricolage : outils, clous, vis, ciment, peinture, mastic, carrelage, plomberie, matos électrique…
– palettes