Succès des ventes solidaires : Comme un besoin, d’urgence

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Les 12 et 13 octobre les militants communistes tenaient des ventes solidaires de fruits et légumes, « contre la vie chère » et « pour des prix rémunérateurs aux producteurs », en partenariat avec le syndicat agricole Modef.

 

Samedi 13 octobre, 9h, les militants communistes de Bordeaux s’activent sur cette place des Aubiers encore déserte pour installer tables, banderole, tarifs, cageots de fruits & légumes. Il ne faudra pas longtemps pour que les habitants se pressent pour donner du succès à cette initiative militante et solidaire.

Les agriculteurs du Modef ne sont pas là systématiquement, accaparés de leur côté par la tenue de leur propres marchés en Lot & Garonne, mais les communistes sont disponibles pour expliquer le sens de cette présence et montrer l’écart de prix entre ceux affichés ce jour-là et ce que les consommateurs acquittent dans les grandes surfaces. Les ménagères comprennent vite que l’on marche sur la tête entre agriculteurs étranglés et consommateurs paupérisés.

« Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent ? », « Vous avez raison de faire ça », des échanges rapides mais agréables. Le sentiment d’être utile même s’il ne faut pas s’emballer ; le chemin est encore long pour une mobilisation significative des citoyens.
Cette matinée, la vente était aussi organisée quartier du Tasta à Bruges et à Bègles cité Maurice Thorez, la veille, c’était à Mérignac cité de Pont de Madame à Villenave d’Ornon cité du Sarcignan et à Bègles rue du Prêche, en présence des producteurs. Avec le même succès.

« À 0,80 € le kilo de tomates, je vivrais très bien »

Raymond Girardi est dirigeant national du Mouvement de défense des exploitants familiaux (MODEF), il est en tant que tel à l’origine de ces ventes solidaires mais il est d’abord agriculteur, producteur de légumes (asperges, tomates, maïs doux, melon, selon les saisons) et noisettes. « Depuis trente ans, on s’est beaucoup spécialisé, raconte-t-il. Avant on faisait de tout, une famille d’agriculteurs vivait en quelque sorte en autarcie mais les exigences de production ont augmenté. Aujourd’hui chaque production est différente, certains ne cultivent qu’un seul produit.»

Depuis un demi siècle, la grande et moyenne distribution a la main mise sur les prix. Des poireaux vendus 2 € sont achetés 60 centimes au producteur soumis à la concurrence déloyale d’importations, au dumping social. Là-dessus s’ajoutent les marges. « Qu’il y en ait, c’est normal mais pas que cela soit multiplié par 4 », précise Raymond.

La concurrence déloyale des importations concerne aussi le plan sanitaire. « En France, on essaie de développer une agriculture vertueuse, même s’il y a encore des efforts à faire, des alternatives à développer, mais c’est mieux qu’ailleurs. Le Maroc, l’Espagne ou l’Italie utilisent massivement des produits qui ont été, à raison, interdits en France mais leurs productions y sont importées. C’est une catastrophe pour nous et c’est un danger sanitaire pour les consommateurs ».

En 30 ans, deux tiers des fruits et légumes ont disparu de la production française. « Alors qu’il y a de plus en plus de demande des consommateurs pour l’achat de produits frais, en circuits courts et à un prix juste, il y a de moins en moins de producteurs pour fournir. Et même si de plus en plus de producteurs s’organisent pour faire de la vente directe en ville, il faut dire que ce n’est pas notre métier ».

« Le défi aujourd’hui est de redévelopper l’agriculture. Il y a urgence à multiplier par deux le nombre de paysans et à augmenter la production. Ça commence par freiner l’érosion avec des prix rémunérateurs, vu ceux que pratique la grande distribution, cela devrait être possible. Moi, si l’on m’achetait ma production de tomates à 80 centimes le kilo et celle de pommes à 70, je vivrais très bien et je serais moins inquiet pour mon fils qui va reprendre l’exploitation ».

 

J.J.B et C.D.