Collectif Mineurs isolés étrangers : Les associations dénoncent les conditions d’hébergement dans un foyer Emmaüs

Des représentants des associations composant le collectif Mineurs isolés étrangers (MIE), existant depuis 2013, étaient réunis dans les locaux de l’Asti, à Bordeaux, jeudi 22 novembre pour alerter sur les conditions d’hébergement de jeunes dans un foyer géré par Emmaüs Gironde.

 

Autour de la table, on trouve l’Asti, la Cimade, la LDH Bordeaux et Gironde, RESF, Médecins du Monde, Mémoire et Partage, des éducateurs anciens ou toujours salariés d’Emmaüs, la commission Action sociale de la CGT 33 et Sud santé action sociale. Il est question surtout de la situation de jeunes mineurs étrangers isolés hébergés par Emmaüs Gironde, qui compte, depuis peu, un pôle Enfance gérant plusieurs foyers.
Françoise Astruc, de l’Asti reprend la chronologie des faits car ceux-ci ne sont pas nouveaux mais surtout fait état d’une situation de tension extrême qui nécessite de « sortir les jeunes de là » le plus rapidement possible car « ils sont poussés à bout », « harcelés ».

« Nos associations rencontrent régulièrement des mineurs non accompagnés. Plusieurs d’entre eux, pris en charge dans le cadre de la protection de l’enfance, se sont plaints de leur conditions de vie au sein de l’établissement l’Hermitage à Martillac. La structure d’accueil était dédiée à l’origine à l’accueil de 5 jeunes “avec des problèmes de comportement sévères”. À la fin de l’hiver, des jeunes qui étaient hébergés en gymnase ont été placés dans ce foyer par la protection de l’Enfance. Ils étaient 35. »
Précipitation, manque d’anticipation et peut-être de moyens, d’après les témoignages, la situation est tout de suite catastrophique et les faits cités sont graves.

Sur demande des associations, le service de l’Enfance du Conseil départemental a procédé à une inspection le 25 mai qui a débouché sur des injonctions à réduire le nombre de jeunes par chambre, à réparer les sanitaires et à les ouvrir la nuit, à séparer les publics, à aménager les tétodrons avec eau, électricité et traitement antimoustiques. Un audit devait être réalisé en fin d’année.

Les paniers repas des apprentis sont tellement insuffisant que les employeurs s’en émeuvent

 

Mais les plaintes des jeunes ont continué à parvenir aux associations durant l’été. « Ils ont pris conscience que les conditions de vie qu’on leur imposait n’étaient pas normales », assure l’ASTI approuvée par les personnes présentes.

Harmonie Lecerf liste alors les problèmes recensés auprès des jeunes ou des salariés et c’est effarant. Il y a les problèmes matériels : manque de vaisselle au point que de certains découpent des bouteilles de lait pour se faire un bol, sanitaires défectueux, chambres surchargées (jusqu’à 7 dans 9 m2) sans meubles de rangement, les tétrodons (petit habitat modulable) en état d’insalubrité, non isolés ni du chaud ni du froid, absence d’espace de travail pour les jeunes scolarisés, 2 chambres sans fenêtre ni lumière, panier repas insuffisants pour les jeunes en apprentissage (au point que les employeurs s’en émeuvent)… Il y a les problèmes administratifs et éducatifs : courrier mal distribué ou ouvert, information administrative sur les droits inexistante ou tardive, absence de suivi des scolarités, absence de comptes-bancaires pour les apprentis qui cumulent plusieurs mois de salaires en chèque qu’ils ne peuvent encaisser, des tenues professionnelles non financées, des jeunes auraient été mis à la rue à leur majorité et prévenus le jour même, défaut d’accompagnement dans l’accès au soin…

Les bénévoles associatifs rappellent qu’il s’agit de jeunes mineurs d’origine subsaharienne qui ont vécu « des parcours très traumatiques », sont souvent « passés par la Lybie où ils ont subi tortures et abus sexuels », certains ont été « repêchés sur des bateaux », en arrivant en France ils ont souvent vécu des mois d’errance avant d’être reconnus mineurs et pris en charge par les services départementaux. Pas étonnant donc que la tension monte et là encore le collectif évoque des incidents graves : « des récits relatifs à des menaces verbales ou physiques, à des pratiques (ou tentatives) d’intimidation, nous semblent particulièrement inquiétants. Des faits tels qu’une chute dans l’escalier après une bousculade impliquant un membre du personnel, ou une tentative récente de défenestration, s’ils sont avérés, font craindre que la situation ne dégénère gravement mettant en danger les jeunes et le personnel éducatif. »

Il y a, le jour de la conférence de presse, une vingtaine de personnes. Si les moyens dont dispose Emmaüs pour faire fonctionner ce foyer font un peu débat, personne ne remet en cause les situations et la tension évoquées.
Une intersyndicale Sud et CGT avait même déjà interpellé le Département et la préfecture sur la dégradation des conditions de travail, notamment dans ce foyer, avec un encadrement insuffisant et déqualifié, des licenciements, des démissions, une multiplication des arrêts maladie, un fonctionnement en suractivité, etc. Comme les autres salariés, anciens ou actuels présents, Richard Magoudoux témoigne d’un « management autoritaire ». « Moi j’ai 62 ans, je ne me suis pas laissé faire, j’ai donc été licencié, comme par hasard juste après l’inspection du département où j’avais montré les tétrodons pourris, les 30 gamins entassés dans 4 chambres ».
Interrogée par Sud Ouest (art. d’Élisa Artigue-Cazcarra, le 23/11/2018), Emmanuelle Ajon, vice-présidente du Département en charge de la protection de l’enfance, confirme que des améliorations rapides avaient été demandées à Emmaüs et affirme que des « contrôles inopinés ont constaté des progrès qui doivent se poursuivre ». Elle évoque l’urgence de mettre à l’abri ces jeunes au printemps, qu’Emmaüs a accepté d’accueillir, moyennant financement du Département.

Pascal Lafargue, président-directeur d’Emmaüs Gironde, également interrogé dans le quotidien régional, évoque des « attaques importantes d’anciens salariés et d’un collectif d’associations » et de « rumeurs invraisemblables ».
« Déni » avait prévenu les associations qui ont obtenu que plusieurs enquêtes soient diligentées. En attendant, elles espéraient vraiment que les jeunes avec lesquels elles sont en contact soient sortis de ce foyer, ce que pourrait permettre l’ouverture prochaine d’un foyer à La Réole, à condition que jeunes et salariés y soient mieux traités…

 

C.D.