« GRAND DÉBAT » : Un questionnaire à choix contraints

Le « kit méthodologique » à destination des maires les incite à organiser des débats « neutres et impartiaux »… mais les questions sont biaisées.

Les maires sont appelés, dans une lettre du ministre des Collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, à organiser leur propre débat « dans des conditions qui garantissent sa neutralité et son impartialité ». En tant que « figure familière de nos concitoyens », estime-t-il, c’est à eux de « créer cette animation démocratique ». Les plus aventuriers peuvent encore « mettre à disposition un cahier ou des formulaires d’expression citoyenne », mais s’ils ne sont pas à l’aise, les technocrates macronistes leur ont concocté un « kit méthodologique ». Un vade-mecum qui, sous couvert de « neutralité », martèle la « pédagogie » néolibérale sur les quatre grands thèmes retenus pour le « grand débat ».
Le renouvellement démocratique est un questionnement récurrent des gilets jaunes. Rien dans ce questionnaire hormis le catéchisme gouvernemental rappelant le projet de loi sur l’interdiction du cumul des mandats, la réduction du nombre de parlementaires et l’introduction d’une dose de proportionnelle.
La transition écologique est abordée avec une série de rappels des « mesures mises en place depuis dix-huit mois » : l’aide à l’achat d’un véhicule propre qui « permet de réduire de 30 % la facture de carburant », le « chèque énergie », le crédit d’impôt sur les dépenses d’isolation… ou le covoiturage. La révolution verte attendra.
Organisation de l’État et des services publics. Cela commence comme une ode aux « 5 480 202 agents publics (qui) travaillent au service des citoyens » mais, très vite, on demande aux citoyens quels services ils souhaiteraient voir rendus accessibles par Internet en priorité pour éviter des déplacements et des coûts inutiles ! Ou encore : « Pensez-vous qu’il y a trop d’échelons administratifs en France ? »
Fiscalité et dépenses publiques. Ce chapitre lie niveau élevé de l’impôt et de la dépense publique : « Malgré le niveau élevé de prélèvements obligatoires, la France est en déficit depuis 1974 », rappelle ainsi le document, détaillant qu’« en 2017, pour 100 euros perçus par les administrations publiques, elles en ont dépensé 105 ». Traduction : l’État coûte trop cher… mais pas le gouvernement et les élus puisque « sur 1 000 euros de dépenses publiques, l’ensemble des dépenses relatives à l’Assemblée nationale, au Sénat et au gouvernement représente un euro ». Pas un mot, en revanche, dans le document, des 100 milliards que coûte l’évasion fiscale chaque année. Par contre dans le genre de questions complètement « neutres », on a : « Afin de financer les dépenses sociales, faut-il selon vous reculer l’âge de la retraite, augmenter le temps de travail, augmenter les impôts ou revoir les conditions d’attribution de certaines aides sociales. Et lesquelles ? » On appelle cela un questionnaire à choix contraints.
Mais ni surprise ni déception ne s’entend du côté des gilets jaunes qui ne s’attendaient pas à autre chose, juste de quoi les faire bondir encore un peu plus ou renforcer leur détermination. D’ailleurs si la mobilisation fluctue, elle ne s’effondre pas. Le mouvement est toujours dans une phase de tentative d’organisation et de diversification des actions. Dans plusieurs endroits de Gironde, des salles ont été transformées en lieu de permanence ou d’assemblée citoyenne comme à Langon, Salignac, Aubie, Sainte Eulalie, Castillon…

C.D avec l’Humanité

À lire : Participation de l’Assemblée Nationale au Grand débat : les propositions des députés communistes et Les doléances des Français sont connues et claires – Par Eric Bocquet