Gilets Jaunes à Bordeaux : ambiance

9e samedi pour exprimer la colère face au mépris d’un pouvoir arque-bouté sur la défense des privilégiés. Rassemblement place de la Bourse (la Bourse, un symbole évidemment). Malgré l’adversité de la durée, d’une répression féroce, d’une météo pas toujours clémente, ou de médias hors sol, les Gilets Jaunes sont toujours là. Comme pour les précédentes manifestations, les communistes étaient de la partie et s’étaient donné rendez-vous au miroir d’eau.

Il est 13h, l’avant-garde des Gilets Jaunes est déjà là, y compris une puissante sono qui nous accueille au son de… marches militaires parce que l’initiateur craignait la SACEM s’il diffusait un autre répertoire. Avec son sourire, Framboise lui explique doucement que non, décidemment, « ça va pas le faire ». Rassuré sur la SACEM, il nous proposera du Cabrel arrangé de paroles de circonstances et du… Johnny Halliday. Il propose également à qui le souhaite, de prendre le micro et de témoigner.

Il est 13h30, le groupe de camarades s’est étoffé mais il nous manque encore des éléments car certains ont décidé de prolonger tard dans la soirée (ou la matinée) le pot de rentrée organisé par la section la veille ; une vie de militant n’est pas toujours un long fleuve tranquille (!!!).

Côté place de la Bourse, le rassemblement commence à prendre de l’ampleur mais lentement. Jamais, à cette heure-là, nous aurions parié que la participation serait plus forte que la semaine précédente. Et pourtant cela sera le cas, avec bien plus que les 6 000 personnes dénombrées par la Préfecture.

L’arrivée des motards rugissants crée le premier mouvement de foule pendant que des Gilets Jaunes s’adressent aux automobilistes pour solliciter un geste de solidarité. Les klaxons gagnent nettement à l’applaudimètre.
Les gens sont heureux d’être ensemble, de partager une identité commune que leur interdisent l’individualisme ou la loi du premier de cordée. Ils font fi des différences qui composent le mouvement. Et ce n’est pas peut dire que certaines pancartes ou fanions nous interpellent ! Mais tu peux te balader au milieu des attroupements avec ton badge du PCF sans que cela suscite la moindre réaction d’hostilité.

Comme nous le confiera un gilet jaune venu d’un quartier populaire bordelais : « ici on accepte tout le monde, on discute avec tout le monde ».
Il est vrai qu’il n’est pas compliqué de parler avec une personne parfaitement inconnue cinq minutes auparavant.
Est-ce à la vue de nos badges ou bien fortuitement, qu’un groupe de jeunes entonne l’Internationale ? Nous nous mettons facilement à l’unisson.
Il y a de la créativité dans les slogans et les pancartes : ce jeune homme brandissant sa pancarte : « La barricade ferme la rue mais ouvre la voie » ; une dame a accroché une pancarte à son vélo, retrouvant des intonations soixante-huitardes : « Prenons le temps de vivre, de se parler, de rêver et de réfléchir » ; ce dos de gilet jaune criant : « Liberté, égalité, fraternité, solidarité ».

Ou celui-ci : « Quand l’injustice devient loi, la résistance est un devoir ».
Le tag sur le mur du Palais de Justice est d’un tout autre (mauvais ?) goût : « Quand vous transformez la rue en stade, ne vous étonnez pas qu’on tire sur les gardiens ».

Nous visitons Bordeaux au gré des humeurs du groupe de tête. Nulle inquiétude parmi les rangs qui suivent en rangs serrés et bon enfant. Maintenant que le dentifrice est sortie du tube, le pouvoir va avoir du mal à le faire re-rentrer.

Bon, c’est pas tout ça, mais comment transforme-t-on cette colère en propositions cohérentes ? Le RIC l’emporte au « pancartomètre », mais le respect et le pouvoir d’achat sont omniprésents.
Il nous aura démangés de sortir notre pétition sur le pouvoir d’achat ou de diffuser le flyer « Nous voulons juste vivre ». N’est-ce pas ce qu’exprime ce énième rendez-vous festif ?

Ce samedi, le débat était dans la rue, pas sur les plateaux télé.

Jean-Jacques Bordes