CAF Bordeaux : La coupe est pleine

Mardi 12 février, les salariés de la CAF Bordeaux étaient très mobilisés, à l’initative de la CGT et de FO, devant le siège de la CAF de Bordeaux avec un tract aux usagers pour expliquer en quoi leurs conditions de travail et la qualité du service au public sont liés.

Cela fait des semaines, voire des mois, que les salariés de la CAF se mobilisent pour dénoncer les bas salaires et les conséquences de la dématérialisation sur leurs conditions de travail et sur l’accueil du public. Mais le ton est encore monté d’un cran la semaine dernière quand, par les syndicats, les salariés ont enfin eu une réponse sur le fait qu’ils perçoivent, ou pas, la fameuse « prime Macron » et sur l’évolution de leur point d’indice.
« Fallait voir la tête des collègues, raconte Servane Crussière de la CGT, quand on leur a appris qu’en tout et pour tout la prime se résumerait à un versement unique de 66 euros brut et que le point d’indice, qui n’a pas bougé depuis 2010, n’augmenterait toujours pas . C’est une marque d’irrespect total de la part du gouvernement pour notre travail ».
La situation des salariés de la CAF est particulière car si le budget est de l’argent public, les salariés ne sont pas fonctionnaires, ils ont des contrats de droit privé. « C’est un statut hybride car c’est quand même le ministère qui décide de réduire les dépenses alors que c’est l’argent des cotisations » explique la militante syndicale.
Avec l’annonce du statut quo, la colère est montée, jusque 180 salariés se sont mobilisés à travers des assemblées générales accompagnées de grève de 55 minutes, devant l’entrée du public ou à l’étage de la direction. « On a même inventé une nouvelle forme d’action. On passe notre temps de pause au 5e étage, celui de la direction, comme ça on ne perd pas de salaire mais ça désorganise quand même l’activité. D’ailleurs la direction n’est pas à l’aise, quand on a eu la réponse sur la prime et le point d’indice, elle n’était même pas au courant. »
Il y a de quoi… Les effectifs se réduisent d’année en année. « Le national demande que nous “rendions” des postes (environ 10 par an en moyenne) mais le nombre d’allocataires ne cesse d’augmenter. Les retards s’accumulent, les guichets ferment par manque de personnel, c’est une catastrophe pour le service public ! »
L’annonce de l’augmentation de la prime d’activité a entraîné une surcharge de travail au détriment des autres prestations (aide au logement, aide pour la garde des enfants, le congé parental, l’allocation adulte handicapé, etc.). Sans compter qu’avoir Agnès Buzyn comme ministre de tutelle inquiète particulièrement la CGT qui considère qu’elle « aggrave les disparités sur les territoires malgré l’alerte donnée par les personnels soignants depuis des années ». « Nous sommes donc très inquiets pour l’avenir de notre institution, nos métiers, notre Sécurité Sociale dans son ensemble ».
Le comble, c’est qu’une part importante des salariés de la CAF qui se mobilisent sont eux-mêmes bénéficiaires de la prime d’activité tant les salaires sont bas. « En fait nos salaires n’ont pas augmenté depuis 2010, rappelle Servane Crussière. Le salaire de ceux qui font grève doit être autour de 1 200-1 300 euros, donc un certain nombre doit percevoir la prime d’activité. La direction ne veut pas donner de chiffre, on suppose donc que c’est important. C’est pourquoi nos organisations syndicales ont décidé de faire une enquête à ce sujet. Une de nos collègues a 24 ans d’ancienneté à la CAF, avec 2 enfants à charge, elle perçoit la prime d’activité et l’allocation logement, ça donne une idée du niveau de rémunération. »
Le mouvement des Gilets jaunes inspire la mobilisation à la CAF, la volonté de se montrer tous les jours devant l’entrée publique de la CAF a été exprimée. À suivre.

C.D.