Élections européennes : Arthur Hay, candidat bordelais

Jusqu’au 2 février, les militant-e-s communistes sont appelé-e-s à se prononcer sur une liste de 79 noms, candidat-e-s aux élections européennes avec Ian Brossat à leur tête. En 9e place, se trouve un bordelais dont l’action syndicale a souvent été évoquée dans nos colonnes : Arthur Hay. Son engagement au sein des coursiers à vélo et pour trouver des alternatives à l’ubérisation a trouvé « un soutien sincère » auprès des communistes. Il nous raconte.

Arthur a 30 ans. Bordelais depuis 3 ans, il est originaire de Poitiers et titulaire d’un master de Gestion de projet humanitaire. Il est engagé dans de grosses associations d’accès aux droits pour les migrants et d’accès aux soins pour les plus démunis. Comme beaucoup de jeunes indépendants et de bonne condition physique, Arthur avait vu dans l’auto-entreprenariat de la livraison à vélo une façon d’être libre. Mais rapidement, il déchante et saisit le lien de subordination entre les plateformes internet de livraison et les livreurs : un salariat qui n’en offre pas les protections. Alors qu’un peu partout des collectifs de livreurs à vélo s’organisent, c’est le premier syndicat de coursiers à vélo qu’Arthur et ses collègues décident de monter en Gironde. « À ce moment-là, on a fait parler de nous. Des militants du PCF sur Bordeaux sont venus nous voir pour échanger et nous proposer du soutien, sur le plan national aussi. » De débats à la fête de l’Humanité, en manifs, jusqu’à la constitution d’un collectif Pédale et Tais-toi, avec les sénateurs communistes Fabien Gay et Pascal Savoldelli, les liens deviennent réguliers. « On s’est bien entendu et on a bien travaillé ». Avec des gens de Coopcycle (fédération européenne des coopératives de livraison à vélo), Arthur rencontre Ian Brossat, annoncé comme tête de liste du PCF aux européennes, à Paris. « Ayant travaillé à propos de la plateforme Airbnb, il a vite compris de quoi nous parlions car il y a des logiques communes. Mais j’ai quand même été très surpris quand il m’a appelé quelques temps plus tard pour me proposer d’être sur la liste. J’ai pris quelques jours pour réfléchir et puis je me suis dit que c’était un moyen supplémentaire de porter le combat des coursiers. Je trouve aussi que les communistes posent des débats que personne d’autre ne pose. Cette liste regroupe des gens de terrain, en prise avec les luttes, pas des politiciens. »
Arthur n’est ni membre du PCF, ni d’une autre organisation politique même si depuis ses premières manifs anti-CPE, il s’est forgé petit à petit une conscience politique. « Je pense que nous pouvons porter une parole honnête pour faire changer les choses. Quand je vais dans les manifestations des gilets jaunes, quand je parle aux gens, que je regarde les pancartes, que je vais sur les réseaux sociaux, j’ai l’impression que ça rejoint beaucoup des idées du Parti communiste. Quand tu parles de coopérative, d’entreprises où l’outil de production appartient aux travailleurs, mêmes ceux qui se disent ultra-libéraux trouvent ça bien, ils ont conscience d’être exploités. Mais remettre en cause globalement le capitalisme est une étape que tous ne sont pas prêts à franchir mais ça viendra, on y arrivera. »
Arthur profite de son métier de livreur pour s’arrêter dans toutes les manifs qu’il croise, pour celles des gilets jaunes, il a mis un peu de temps. « Au début, je me suis méfié à cause de la présence de l’extrême droite. Je suis arrivé dedans vers le 5e ou 6e samedi parce que des amis m’ont raconté ce qui se passait réellement sur les ronds-points, aux péages : l’entraide, la diversité, l’échange… Aujourd’hui j’y vois surtout un terreau fertile à des révoltes justifiées. »
Dimanche, Arthur était aussi auprès de la famille de Franck Page, ce jeune étudiant venu de Marmande qui s’est mis à la livraison à vélo pour compléter une bourse insuffisante et qui est décédé dans un accident lors d’une livraison pour Uber Eat (voir ci-contre). 
Mardi, il participait aux vœux de la fédération du PCF, l’occasion de se présenter aux militants, il sera samedi au débat organisé à Bègles et le 8 février au débat/repas de la section de Bordeaux avec Fabien Gay (19h, salle Pierre Tachou à Bacalan, tram B arrêt Brandenbourg).

Christelle Danglot