Europe : Changeons de propriétaires

Le PCF a lancé sa campagne pour les européennes lors d’un meeting à Marseille le 5 février au soir, sous le slogan : « L’Europe des gens, pas l’Europe de l’argent ! » Un objectif qu’incarne, selon Ian Brossat, la liste qu’il conduit avec 50 % d’ouvriers et d’employés et qui veut imposer d’autres propriétaires à l’Europe des banquiers.

La liste du PCF menée par Ian Brossat veut incarner « l’Europe des gens » or il existe un gouffre entre la société et la représentation politique. « Le Parlement européen compte 3 ouvriers pour plus de 700 eurodéputés, explique le candidat. Cela en dit long et contribue très largement à la défiance. Nous, nous avons construit une liste à l’image de la société française, composée à 50 % d’ouvriers et d’employés ». Pour Ian Brossat, cette liste traduit la volonté de sortir l’Europe des mains des banquiers et des lobbies. Elle est aussi à l’image des mobilisations qui se sont levées depuis de nombreux mois contre la politique d’Emmanuel Macron, « avec des gilets jaunes, des cols bleus, des blouses blanches, des robes noires… » « En cette période, beaucoup s’interrogent sur l’avenir de la gauche, se demandent où elle est. En réalité, elle est partout. Ce sont ces ouvriers qui occupent leur usine pour la sauver, ces salariés d’EDF qui font passer l’électricité à tarif réduit le 24 décembre, ces hommes et femmes qui font vivre tous les jours la solidarité avec les migrants… C’est cette gauche-là que nous avons cherché à fédérer. J’y vois les ferments d’une gauche nouvelle, hors les murs, sociale, qui ne se reconnaît pas toujours dans les partis politiques, mais qui peut se retrouver dans notre liste ».
Mais pour arriver à une « Europe des gens », il faut des transformations. « Il faut rompre avec la logique des traités européens fondée sur deux dogmes : l’austérité avec sa règle absurde des 3 %, et la concurrence qui nous incite à nous tirer dans les pattes à coups de dumping, social et fiscal. » Le candidat communiste décline ce que cela implique concrètement : en finir avec la concurrence entre les travailleurs par un Smic européen harmonisé par le haut, interdire les délocalisations à l’intérieur de l’Union européenne et en finir avec le travail détaché, développer les services publics avec un fonds de développement de la Banque centrale européenne. « Ce sera un pilier de notre campagne et, dès la semaine prochaine, j’entame un tour de France des maternités en danger à Creil ».
Imposer une autre utilisation de l’argent est aussi fondamental. « Que des pays à l’intérieur même de l’Union se comportent en paradis fiscaux et transforment de fait l’Europe en passoire fiscale n’est pas acceptable. Nous proposons de taxer à la source les multinationales et d’harmoniser par le haut l’impôt sur les sociétés partout en Europe. »
Réagissant à l’idée de Macron d’organiser un référendum le même jour que les élections européennes, Ian Brossat estime que l’enjeu européen passerait alors complètement par pertes et profits. « Emmanuel Macron a peur parce que sa conception de l’Europe est massivement rejetée, mais cette élection doit être l’occasion d’en parler. En outre, le président de la République envisage un référendum qui porterait exclusivement sur les enjeux institutionnels. C’est lunaire. Les Français depuis des semaines se mobilisent sur la question de l’ISF, l’augmentation du Smic, des salaires, des pensions de retraite, et on envisage de les interroger sur la diminution du nombre de députés. Les enjeux institutionnels sont importants, mais cela ne règlera pas le problème de pouvoir d’achat rencontré massivement par les Français. »