« Grand débat »

À Bordeaux : un écho aux Gilets jaunes

400 personnes au grand débat organisé par la Métropole ce vendredi 1er février. Un thème : l’organisation de l’État et des services publics. À l’entrée, un questionnaire qui corsète le débat en l’enfermant dans une sorte d’enquête de satisfaction, sans poser la question des moyens supplémentaires.

Photo Baptiste Giraud

Malgré les efforts des animateurs pour tenir la ligne du questionnaire, c’est à un réquisitoire contre la dégradation des services publics imposée par les politiques d’austérité, auquel ont dû assister les nombreux représentants politiques présents dans la salle, Alain Juppé en tête.
Dans la salle, peu d’habitants des quartiers populaires mais des retraités, des enseignants, des fonctionnaires, des jeunes (étudiants ?), qui ont tour à tour exposé leurs difficultés vécues face à l’appauvrissement des services publics. Des Bordelais, peut-être pas directement impliqués dans les manifestations hebdomadaires, mais à l’évidence en sympathie ou sensibilisés et exprimant eux-aussi les difficultés à vivre dans cette société libéralisée.
Et cela ne pouvait mieux commencer : le premier à prendre la parole se revendiquait Gilet Jaune : « Je suis un Gilet jaune et les Gilets jaunes ne sont pas des fainéants, mais des gens qui n’en peuvent plus de voir ce pays foncer dans le mur. De voir la captation des richesses par un nombre de gens de plus en plus petit et les dégâts de la globalisation… ».
La deuxième à prendre la parole est la maman d’un enfant autiste qui ne souhaite à personne de vivre sa galère devant l’indigence de l’offre d’accueil des enfants handicapés. Elle demande à « protéger les parents des licenciements abusifs pour cause d’absences répétées pour s’occuper de son enfant ».
Il est plusieurs fois question de supprimer le CICE ou de le réserver aux PME « en arrêtant de financer les grandes entreprises qui ne financent pas l’emploi ».
Des cris du cœur qui n’ont pas fait plaisir à la claque bourgeoise mobilisée pour soutenir le pouvoir et probablement pour accueillir le premier ministre, un temps annoncé mais qui n’est finalement pas venu.
Florilège :
« Les gilets jaunes expriment la souffrance et nous sommes nombreux à souffrir ».
« Ce gouvernement accélère l’urgence sociale ».
« Comment améliorer les services publics quand on supprime 120.000 fonctionnaires ? ».
« Renforcer les pouvoirs des Départements plutôt que de créer une région grande comme l’Autriche ».
« Il faut remettre des services publics dans les chefs-lieux de canton, redonner du pouvoir aux communes qui sont en lien direct avec les citoyens ». « Créez des emplois en revenant à des hôtesses d’accueil et éliminer le tapez 1 ou tapez 2, etc, qui déshumanise les relations et décourage les usagers ! »
« La plupart des gens ne connaissent pas leurs droits et ne les réclament pas parce qu’ils ne sont pas informés. »
« On ne dit pas assez en quoi les décisions européennes impactent les services publics chez nous. Là aussi, il faudrait un débat ».
« On a envie d’intervenir sur plein de sujets, et pas seulement quand le gouvernement nous le demande ».
Contrairement à ce que voulait suggérer Macron, le thème lancinant de la soirée n’a pas été « quel service public pour remplacer un autre ? », mais plus de services publics.
Les intervenants avaient du mal à conclure leur prise de parole par des propositions concrètes. Il y avait d’abord le besoin de témoigner. Cela incite donc les communistes à aller à leur rencontre pour proposer un contenu transformateur à ce diagnostic.
Le mot de la fin à une interpellation venue de la salle : « On a quand même oublié de dire merci aux gilets jaunes car tous ces débats, c’est grâce à qui ? »
Trois autres Grands débats sont programmés dans la métropole Bordelaise:
• le 7 février au Carré de Saint-Médard-en-Jalles sur le thème « Fiscalité et dépenses publiques » ;
• Carbon-Blanc le 23 février sur le thème « Démocratie et citoyenneté » ;
• Talence le 5 mars sur le thème « Transition écologique ».

Jean-Jacques Bordes, section PCF de Bordeaux

À Mérignac : offensif

Si certains des « grands débats » médiatisés par le président des Riches semblent tout en retenue, d’autres moments forts dans nos communes méritent le détour : la sincérité des colères faisant honneur à notre République.

Environ 250 personnes ont participé à une réunion publique, animée par le maire de Mérignac, Alain Anziani (PS), dans le cadre du « grand débat », lundi 28 janvier 2019, salle des fêtes de Capeyron. La diversité des positionnements était palpable, du simple anonyme au militant(e) engagé(e) – à l’image de nos camarades du PCF de Mérignac venus en nombre. Les prises de parole de Claude Mellier, Xavier Hirsch et Stéphane Bailanger ont fait écho aux réflexions portées sur la fiscalité, la démocratie et la transition écologique.
D’emblée, c’est l’injustice fiscale qui a été soulignée. En effet, les premiers intervenants ont mis l’accent sur « la nécessité du rétablissement de l’ISF » et sur « le scandale de l’évasion fiscale ». Si certains ont tenté timidement de minimiser la réalité, de défendre les bienfaits de l’enrichissement « source d’investissements et d’emplois », ils furent moins nombreux que ceux qui décrièrent une situation où prime le sacrifice du Travail sur l’autel du Capital. S’il n’est pas surprenant d’entendre un communiste exiger « que l’on mette les multinationales au PAS », « c’est-à-dire au prélèvement à la source » avant que leurs profits « ne s’envolent vers les îles Caïman », il est en revanche plus significatif d’entendre un jeune préciser que « la richesse des 28 plus grandes fortunes mondiales est désormais égale à la richesse cumulée de la moitié des habitants de la planète ». La démesure était patente, elle est désormais insupportable. Alors, les revendications fusent, certaines offensives comme « taxer les transactions financières » ou « imposer à la hauteur de 50 % les dividendes des actionnaires », d’autres plus modérées proposent de « conditionner la suppression de l’ISF à une participation à l’effort d’investissement dans l’économie réelle » ou un « retour aux 14 tranches d’imposition avec une imposition à 65 % pour la tranche supérieure ». Il suffit de lire les Cahiers de doléances ouverts par la commune pour retrouver ces mots.
Autant de revendications éparses, parfois contradictoires mais qui font écho au cri d’alarme des Gilets jaunes dont quelques représentants étaient dans la salle. L’un d’eux a souligné les violences policières virulentes sur Bordeaux. En revanche, l’absence du député LREM – pourtant invité – a été remarquée et si la présence d’un de ses collaborateurs a été mentionnée, force est de constater qu’il a préféré se faire discret. L’intervention du président du Relais des solidarités de Mérignac est venue rappeler le « dur de la vie » quand, dans nos quartiers, la pauvreté augmente et le cancer de la précarité se calcifie. Alors, si les débats sur la démocratie et la transition écologique furent repoussés en fin de réunion, ce n’est pas par manque d’intérêt mais bien parce qu’il y avait tant à dire ce soir-là.
Au-delà des constats, il est un fait nouveau : la pensée unique ultralibérale ne convainc plus grand monde. Le veau d’or a vécu, la crise de 2011 a rompu l’enchantement. Nous marquons des points dans le combat des idées. Mais ce qu’il manque pour transformer l’essai, c’est la conviction qu’un autre monde est possible et qu’il ne faut pas avoir peur de prononcer son nom : le Communisme.

Stéphane Bailanger, section PCF de Mérignac