Débat à saint-pierre-d’aurillac : Un « territoire laboratoire »

Soirée riche en échanges, samedi à Saint-Pierre-D’Aurillac, dans le cadre de la campagne du PCF.

En venant au débat sur l’agriculture et le ruralité, samedi soir à Saint-Pierre-d’Aurillac, Ixchel Delaporte a croisé, au rond-point de Saint-Macaire, Angelina, en train de vendre des paniers en osier sur le bord de la route. Angelina, une de ces rencontres que l’on retrouve dans « Les raisins de la misère, une enquête sur la face cachée des châteaux bordelais ». « Je me demandais si je la croiserais pour lui donner le livre », raconte l’auteure, journaliste à L’Humanité. « Mais ce livre, elle se demande ce qu’elle va en faire, parce qu’elle ne sait ni lire ni écrire. Peut-être que sa fille ou sa petite-fille lui en lira des passages ».
C’est par cette illustration incarnée qu’a commencé la soirée, à laquelle participait également Jean Mouzat, élu corrézien, président du MODEF et candidat PCF aux élections européennes. Une soirée riche en échanges, avec des interventions expertes, venant compléter le récit livré par Ixchel Delaporte, dans les vignobles de du couloir de la pauvreté, qui court du Médoc jusqu’à Villeneuve-sur-Lot.
Parmi les prises de paroles, des élus, des syndicalistes, des viticulteurs, des bénévoles associatifs, pour la plupart enfants du pays, qui racontent quelques facettes de ce qu’Ixchel Delaporte qualifie de « territoire laboratoire », où l’extrême richesse côtoie l’extrême pauvreté. Un territoire empreint de d’un paternalisme historique, qui pousse même les exploités au déni, face à leurs conditions de travail ou leur exposition aux produits phytosanitaires. « J’ai vu des cas où un ouvrier agricole recevant un courrier avec un logo syndical prenait une faute lourde », raconte une retraitée.
L’expertise locale de la soixantaine de personnes présentes au débat a permis de décrire les mécanismes en œuvre dans ce « laboratoire » girondin, avec le rôle des négociants, la disparition des coopératives, la concurrence entre les ouvriers, avec toujours plus d’exploitation, renforcée par le travail détaché et par des prestataires aux « pratiques esclavagistes ».
Des constats qui ont aussi donné des pistes de mobilisation, comme celle d’imposer une clause sociale aux châteaux viticoles, et celle de « mener des luttes communes face à toutes les exploitations ». Ce fut aussi l’occasion pour Jean Mouzat d’insister sur quelques-unes des propositions du PCF sur l’agriculture européenne (lire le dossier central des Nouvelles du 14 mars 2019). Il y a urgence là aussi face aux ravages du libéralisme mis en œuvre traité après traité. Une anecdote du candidat illustre la dégradation de la condition agricole. « En 1982, à la foire à Uzerche, j’étais content car j’avais vendu 25 agneaux. Avec cet argent, j’avais pu m’acheter une voiture neuve. Aujourd’hui, pour acheter une voiture, il faudrait en vendre 200, en comptant en plus sur les aides de la PAC ».
Cette réunion-débat était le premier des temps forts de campagne mis en œuvre de manière concertée entre les différentes sections du PCF présentes sur le territoire du Sud Gironde et de l’Entre-deux-Mers. Le prochain rendez-vous prendra la forme d’une table ronde sur l’économie sociale et solidaire, le samedi 6 avril de 9h30 à 12h30 à la salle des conférences de Saint-Symphorien, en présence d’Arthur Hay, candidat sur liste PCF de Ian Brossat.

O.E.