Mineurs isolés à la rue : Plus de 15 jours de mobilisation quotidienne pour leur prise en charge

Au terme de plusieurs jours de mobilisation et d’une action plus large de sensibilisation, le collectif bordelais des Mineurs Isolés Étrangers* a obtenu du Conseil départemental de la Gironde, l’application de décisions de justice concernant plusieurs jeunes mineurs étrangers isolés et donc leur prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Des jeunes reconnus majeurs – le Juge des Enfants ayant ordonné leur placement à l’ASE – vivaient à la rue depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour certains. Depuis lundi 4 février, des bénévoles des associations se sont rendus chaque jour dans le hall de l’ASE où ils ont pu constater systématiquement l’absence de prise en charge de ces jeunes.
Jeudi 21 février en fin de matinée, pour attirer l’attention de l’opinion, le collectif a décidé de mettre en scène l’attente de ces jeunes, devant le service de l’ASE au Conseil départemental. Les 9 jeunes concernés se sont étendus sur des sacs de couchages disposés devant le bâtiment. Plusieurs dizaines de militants étaient venus les soutenir.
Les ordonnances de placement rendues par le juge des enfants les ayant reconnus mineurs dataient du 24 septembre, 17 octobre, 26 décembre, 14 janvier et 15 février. « 2 seulement sont hébergés par une association, les autres vivent en squat », explique Martine Descombe de la Cimade qui prend la parole pour le collectif. « Nous les accompagnons en témoins, chaque matin, dans le hall de l’ASE où ils viennent chercher leurs tickets-repas et demandent s’ils sont pris en charge. Ils n’avaient qu’un ticket par jour et pas le week-end. Depuis une semaine, le Conseil départemental leur donne 2 tickets-repas par jour et suffisamment pour les week-ends, parce que nous étions présents et que nous l’avons demandé. En attendant, le temps passe pour eux. Une absence de prise en charge signifie pas d’hébergement, pas de suivi éducatif, pas de scolarisation ». La scolarisation pour ces mineurs étrangers est pourtant fondamentale car à leur majorité, pour renouveler leur titre de séjour, ils auront besoin d’avoir suivi au moins 6 mois de formation qualifiante. Aller à l’école, c’est d’ailleurs tout ce que demande Ibrahima, 17 ans, arrivé de Guinée, seul, en septembre 2018. « J’étais dans un train en provenance d’Espagne et je suis descendu quand j’ai vu Bordeaux, nous confie-t-il dans le hall du bâtiment du Conseil départemental. J’ai passé une nuit dehors près de la gare, le lendemain un monsieur m’a conduit au commissariat, les services du Département n’avaient pas de place pour moi en attendant mon évaluation. J’ai passé une semaine dehors puis j’ai été mis à l’abri quelques temps. J’avais mon acte de naissance et tous les papiers mais l’évaluation a dit que je n’étais pas mineur. Avec l’Asti, j’ai pu avoir un avocat et le juge m’a reconnu mineur. On vient ici chaque matin pour qu’ils nous donnent des tickets-repas mais je vis dans un squat. On doit en sortir à 9h et revenir à 19h, la journée on traîne du côté de la place de la Victoire avec quelques amis qui viennent du même pays et avec lesquels je fais du foot à Pessac. Des fois, on ne mange pas. On n’est pas des délinquants, on voudrait juste de l’aide pour pouvoir aller à l’école mais si on n’a pas de logement, on ne peut pas y aller ».
À midi, trois représentants du collectif sont reçus par les services de l’ASE qui s’engagent, à l’issue de la rencontre, à placer 8 jeunes de manière temporaire en attendant une solution pérenne. À force de persévérance, les militants ont obtenu le début de la prise en charge le jour même. Une victoire. Mais ils et elles ne manqueront pas de rester vigilants.

C.D.

  • Ce collectif regroupe les associations : Asti Bordeaux, La Cimade, Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du Monde, RESF, Hébergeurs Solidaires.