Répression : La démocratie muselée

« Ce gouvernement ne veut et n’accepte aucune forme de manifestation et de contestation, sauf dans le cadre du grand débat de Macron ! »  S’indignent des Gilets jaunes en Gironde. Ils réagissent à la répression qui s’est abattue sur la fin de la manifestation nocturne « non mixte » du 8 mars à Bordeaux, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Un musellement dont le maire de Saint-Yzans-de-Médoc fait aussi les frais.

Pour extraire quelques tagueuses (d’après le communiqué de la préfecture relayé dans Sud Ouest de lundi), dont certains messages étaient certes plus sexistes que féministes, d’un cortège de quelques centaines de femmes, des moyens dignes d’une guerre civile ont une nouvelle fois été déployés : lacrymo, grenades de désencerclement, lanceurs de balles de défense « pointés longuement sur les manifestantes » et des policiers « cagoulés » avec « des chiens qu’ils excitent volontairement et envoient au contact des femmes à plusieurs reprises », affirme le collectif 8 mars dans un communiqué. Une manifestante a été blessée aux pieds par une grenade de désencerclement.
Évidemment, la préfecture dément, de toute façon il semblerait que quoiqu’il arrive, même lorsqu’il y a des images et des vidéos à l’appui, la ligne de conduite des autorités est de tout couvrir d’abord et de démentir le recours à des moyens démesurés malgré les interpellations des organisations de droits de l’homme, y compris au niveau européen.
« Ce n’est pas la forme des manifs qui est réprimée en premier lieu mais bien le fond. S’il fallait encore en faire la preuve, en voici une de plus », réagissent les Gilets jaunes.
Et s’il fallait verser de l’eau à leur moulin, on peut évoquer la situation de Segundo Cimbron, le maire de Saint-Yzans-de-Médoc, accusé d’avoir utilisé le mot « guérilla » lors d’une réunion de gilets jaunes et visé par une plainte du procureur de la République « pour provocation directe » (lire l’article d’Ixchel Delaporte dans L’Humanité). « C’est le terme qui m’est venu à l’esprit », dit-il. « Mais il n’y avait aucune confusion, je n’appelais pas à un soulèvement armé ! » raconte l’élu. C’est pour avoir prononcé ce mot de « guérilla », qu’il est convoqué devant le tribunal correctionnel de Bordeaux le 27 mai, inculpé de « provocation directe non suivie d’effet à un attroupement armé ». Dès le lendemain de la réunion, alors qu’il se rendait sur les lieux d’un incendie d’origine criminelle devant la sous-préfecture de Lesparre-Médoc, le préfet avait réagi vivement : « Je ne peux pas croire qu’un élu de la République puisse prononcer de telles paroles », lit-on dans Sud Ouest, et il prévient « qu’il y aura des voies judiciaires ». Ainsi, le maire de Saint-Yzans-de-Médoc est convoqué par la brigade criminelle de Bordeaux pour une audition le 31 janvier au commissariat de Lesparre-Médoc : « C’était très courtois mais absurde ! L’article de Sud-Ouest mettait en lien mes propos avec l’incendie. Il a été repris et l’affaire a pris un tour grotesque », raconte le maire qui se dit la cible « d’un procès politique ». Il faut dire que, dès le 7 janvier, Segundo Cimbron n’a pas fait allégeance à l’appel de l’Élysée : « J’ai envoyé une lettre à M. Macron pour lui expliquer pourquoi je ne participerai pas au grand débat national. Je lui disais que ce débat, beaucoup n’ont pas attendu que les institutions l’organisent pour l’avoir entre eux, là où ils sont, sur ces ronds-points où ils découvrent qu’ils ne sont pas seuls dans leurs difficultés quotidiennes (…). » De nombreux témoignages de soutien lui sont parvenus de la part de citoyens ou d’élus de tous bords qui désapprouvent cette façon de museler la démocratie.

C.D.