Violences policières : Geneviève Legay, militante de la paix au crâne fracassé

Emportée par une violente charge policière samedi 23 mars à Nice, cette retraitée grièvement blessée était toujours hospitalisée en milieu de semaine. Sa famille a porté plainte alors que les propos d’Emmanuel Macron lui souhaitant « une forme de sagesse » suscitent l’indignation, les rassemblements de solidarité se sont multipliés.

En moins de quarante-huit heures, Geneviève Legay est devenue un symbole. Sur les images de cette militante niçoise de 73 ans tournées quelques minutes avant qu’elle ne soit blessée, on la voit cheveux blancs au vent agiter un drapeau arc-en-ciel barré du mot « Paix » et scander « Liberté de manifester ! ». Quelques minutes plus tard, le drapeau est au sol, piétiné, comme elle, par les policiers en train de charger.
Hospitalier de 52 ans, Thierry Paysan faisait ce samedi sa première manifestation comme secouriste. Sa vidéo dans laquelle il accuse un haut gradé d’avoir empêché l’équipe de street medics de soigner Geneviève Legay a fait le tour des réseaux sociaux. « Quand les policiers ont chargé, il y a eu un gros mouvement de panique, on nous a dit qu’une femme avait été blessée à la tête, mais un homme avec une écharpe tricolore et un casque blanc a donné l’ordre de nous interpeller. » Grièvement blessée, Geneviève Legay souffre de multiples fractures du crâne, d’hématomes sous-duraux et de cinq côtes cassées. « Samedi, elle saignait de partout, de la bouche, du nez, elle vomissait du sang », raconte sa fille, Virginie Parent, jointe par l’Humanité.
« Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits », a asséné Emmanuel Macron. Le président a souhaité un « prompt rétablissement » à la militante et « peut-être une forme de sagesse », après avoir assuré, moins de 48h après les faits dans un entretien publié par Nice matin que Geneviève Legay « n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Des propos qui soulèvent une indignation bien justifiée d’autant que, depuis, des images vidéo sont venues contredire cette affirmation. Pour Arié Alimi, l’avocat de la militante niçoise qui a porté plainte pour violence en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique, il ne fait aucun doute que la manifestante ait été poussée par un CRS.
En début de semaine, la solidarité autour de Geneviève Legay s’est amplifiée, d’abord dans sa ville lundi avec la participation de nombreuses organisations dont Attac, la LDH, la CGT, Ensemble !, le Mouvement de la paix, le PCF, la FSU, Roya citoyenne ou encore les gilets jaunes. Des rassemblements de solidarité avec la militante et son combat pour la liberté de manifester ont eu lieu ensuite dans une quinzaine de villes en deux jours.
En arborant son drapeau PAIX, la militante « a rappelé que dans ce conflit, la violence ou la force d’où qu’elles viennent, ne constituent pas la solution » a déclaré le Mouvement de la paix. « L’issue ne peut résider que dans la recherche de solutions négociées – base de la résolution pacifique et non violente des conflits » mais « le pouvoir a montré une fois de plus son intransigeance et sa volonté de ne chercher aucun apaisement », a ajouté le mouvement. 

C.D. avec L’Humanité