Contre la loi Blanquer : Colère scolaire

La colère monte dans l’Éducation nationale et semble se répandre comme une vague incompressible pour exiger du ministre de l’Éducation nationale de revoir sa copie. Si son projet de loi se nomme « École de la confiance », il n’est plus question de confiance entre les personnels et Michel Blanquer.

Le samedi 30 mars à Bordeaux

Le 19 mars, journée interprofessionnelle, les enseignants ont été exceptionnellement nombreux à se mettre en grève. Samedi dernier, rebelote, une large intersyndicale a battu le pavé et des organisations appelaient dans la foulée à une nouvelle journée de grève ce jeudi 4 avril. « Enchaînement spectaculaire », « auquel s’ajoute, ces dernières semaines, une multitude d’actions de “désobéissance” d’enseignants qui démissionnent de leur fonction de prof principal, mettent 20/20 à tous les élèves ou boycottent des conseils de classe », signalait L’Humanité du 29 mars… Pas de quoi être surpris pour autant : la réforme des lycées ne satisfait quasiment aucun enseignant, le mépris et l’autoritarisme qu’affiche le ministre vis-à-vis des représentants syndicaux semble ressenti à travers le corps enseignant dans toute sa diversité. C’est d’ailleurs l’ensemble des personnels, de la maternelle à l’université qui voit leur tomber dessus les réformes libérales et leur lot de restrictions budgétaires.
À Bordeaux, samedi dernier, ils étaient plus de 2000 à avoir bravé les annonces d’apocalypse du maire de la ville, pour répondre à l’appel d’une large intersyndicale (FSU et ses divers syndicats, CGT Éduc’action, UNSA, FO, CFDT…) et les « Stylos rouges ». Le cortège a fait une pause devant le rectorat, pour une prise de parole des syndicats.
Samantha Fitte, responsable du FSU-Snuipp (1er degré), rappelle qu’autant les enseignants, que les parents, les élèves, les élus et citoyens sont appelés à se mobiliser pour faire de l’école un débat de société. Déjà voté en première lecture à l’Assemblée, « sans aucun débat avec la communauté éducative », précise-t-elle, cette loi « modifierait en profondeur l’organisation de l’école, sans répondre à ses difficultés ». « L’école de la confiance selon monsieur Blanquer, poursuit la syndicaliste, ce sont des enseignants privés de liberté d’expression, c’est un cadeau estimé à 150 millions d’euros fait au privé, c’est une économie de postes réalisée en confiant la classe à des étudiants, c’est la possible suppression des directrices et directeurs d’école et une école à deux vitesses avec la création des établissements publics des savoirs fondamentaux qui verraient la fusion d’écoles avec le collège pour créer des structures énormes pendant que des établissements d’enseignement international, pouvant recevoir des subventions et des dons, verraient le jour pour des élèves soigneusement triés ». Les enseignants n’apprécient pas d’être accusés par le ministre de « véhiculer des bobards » alors que celui-ci, reste sourd à leurs revendications portées depuis de nombreuses années mais rejetées pour cause d’économies. Pour le Snuipp, il faut au contraire « investir massivement dans l’école » et construire un « projet pour l’école qui soit porteur de plus de justice sociale et de réussite de tous ».
Cendrine Sancier pour Unsa Éducation, dénonce la façon de « vouloir réformer notre école à marche forcée, sans prendre en compte les avis des professionnels et des usagers ». « Nous souhaitons que notre école, de la même manière que l’affirme le ministre devienne prioritaire, non seulement dans les paroles mais surtout avec les moyens nécessaires », ajoute-t-elle. Pour Catherine Dudes, du Snes-FSU (2nd degré), l’article 1 de « l’École de la confiance » montre « la volonté du ministre de faire taire les enseignants qui sont là pour exécuter et mettre en œuvre ses réformes et sa parole ». « Au-delà de la loi Blanquer, poursuit-elle, nous sommes aussi mobilisés contre la réforme du lycée, une de plus, qui met en place une inégalité entre les lycées sur l’ensemble du territoire mais aussi des inégalités entre les élèves. Elle s’articule à celle du baccalauréat et de parcours sup pour organiser le tri social et scolaire de nos élèves. Le but est de faire des économies comme cela a été le cas avec la loi sur le collège en 2016. Comme rien ne va, la loi sur la fonction publique prévoit de changer profondément le métier, en remettant en cause tout paritarisme, l’égalité de traitement entre les personnels… ».
Franck Dole de la CGT Éduc’action appelle à amplifier la mobilisation, importante depuis le 19 février : « Il faut battre en brèche cette politique du gouvernement de casse de l’école, de casse de la fonction publique, pour ça il va falloir être nombreux. (…) On est au début, il faut amplifier le mouvement, bloquer l’Éducation nationale par tous les moyens possibles, y compris la grève reconductible ». Même constat sur le 19 février par Marlène Fernandez pour FO, qui rappelle que 150 écoles étaient fermées en Gironde et constate plus de 2000 manifestants ce samedi, « malgré toutes les tentatives d’intimidation et d’entrave pour nous empêcher de venir manifester sur Bordeaux (transports en commun coupés, annonces de la préfecture hier…). Notre liberté de manifestation aujourd’hui nous la défendons en étant là et nous exigeons le retrait de la loi Blanquer. » Pour le syndicat, comme pour les autres, il s’agit maintenant d’amplifier le rapport de force avec la journée de grève du 4 avril, pour le retrait de la loi Blanquer et celle sur la Fonction publique.

Christelle Danglot