GETRAG Ford Transmissions Blanquefort : Un avenir incertain

Faute de ne pouvoir lancer un droit d’alerte officiel dans l’entreprise, n’ayant que 2 sièges sur 7 au CE, la CGT de Getrag Ford Transmissions a décidé de lancer l’alerte aux collectivités locales pour ne pas revivre le drame humain de Ford. Le groupe communiste de Bordeaux Métropole est allé les rencontrer le vendredi 12 avril au siège de leur CE et les ont assurés de leur soutien.
Jacques Padie et Max Guichard avec les syndicalistes CGT de Getrag

Getrag Ford Transmissions est une entreprise de 1 200 salariés (840 CDI, 88 CDD, 56 FAI et 219 intérimaires) qui produit 550 000 boîtes de vitesse par an pour Ford, son client unique. Des boîtes de vitesse manuelles destinées essentiellement à la « Fiesta » et à la « Focus » essence.
Getrag est détenu par Ford pour 50 % et par Magna, pour les 50 % restants. Les salariés appréhendent le retrait de Ford de l’actionnariat qui devrait intervenir à l’été prochain et sont dans le flou quant aux intentions de Magna.
La CGT GFT a demandé à un cabinet extérieur l’analyse de la situation financière et stratégique de l’usine, et les sources d’inquiétude sont très nombreuses.
Tout d’abord l’entreprise accuse de lourdes pertes financières (54 millions en 2017 et 28 millions attendus en 2018) et les coûts fixes que devra assumer GFT seul, après le départ de FAI (Ford Aquitaine Industrie), comme la centrale électrique et le traitement des eaux, ne vont pas aider à réduire les pertes.
La stratégie industrielle de Ford, qui se retire du marché européen réduisant ses effectifs de 22 000 emplois sur 55 000 sur toute l’Europe (5 000 licenciements en Allemagne dernièrement) inquiète sur la pérennité de l’activité industrielle de GFT centrée sur de la boîte de vitesse manuelle pour le marché européen. De plus Magna a racheté les parts de Ford à Kechnec en Slovaquie et a décidé d’investir 170 millions d’euros pour lancer une nouvelle génération de transmission à double embrayage et sa version hybride.
Qu’en sera-t-il pour Getrag Blanquefort quand Magna rachètera les parts de Ford ? Aujourd’hui le carnet de commande est assuré jusqu’à fin 2020 mais après ? Ford a prévu de sortir ses modèles de voitures hybrides et comment va s’inscrire l’usine de Blanquefort dans cette nouvelle production ? Le risque est de voir la production de l’usine de Kechnec se développer tandis que celle de Blanquefort sera en perte de vitesse avec la boîte manuelle s’il n’y a pas de nouveaux investissements vers de nouveaux produits au-delà de 2020.
Les responsables de la CGT veulent des réponses et font valoir le droit d’alerte.
Ils ont fait part également de leur souffrance au travail, d’un management au « fouet ». L’entreprise a connu de nombreux départs en retraite mais aussi des démissions, et fait face à un fort absentéisme dans certains services, en raison des conditions de travail et des salaires très bas, 1 280 euros pour faire les 2×8 !
Les salariés aiment leur travail et veulent le faire bien mais n’ont pas les moyens de faire de l’excellence. Les représentants syndicaux ont ainsi pointé la perte de savoir-faire. « Aujourd’hui on recrute des presse-boutons qui n’ont pas le bagage technique et l’esprit métallo » regrettent les salariés « on leur donne une formation rudimentaire de 3 jours avec un tuteur avant de les lâcher seul sur les machines. »
La qualité de la production s’en ressent puisqu’ à la sortie seule 1 pièce sur 3 est bonne, et c’est 600 000 euros par mois de « scrap » (rebus industriel) que jette l’entreprise.
Les représentants CGT pointent le manque de personnels, « parfois il n’y a qu’un opérateur pour 3 machines », le manque de formation, le manque d’entretien des machines et un encadrement qui passe outre les procédures de contrôle perçues comme une « perte de temps ».
Aujourd’hui ces militants syndicaux appréhendent fortement le départ de Ford cet été et de se retrouver face à Magna dont le seul but, comme fonds de pension, est de faire de l’argent. Ce n’est pas un industriel automobile.
Max Guichard, président du groupe communiste à la Métropole et Jacques Padie, adjoint au maire de Blanquefort ont assuré les salariés de Getrag de leur entier soutien et de faire entendre leur alerte dans l’enceinte de l’assemblée métropolitaine. Ils ont rappelé que les élus communistes portent une autre politique industrielle basée sur l’innovation et s’appuyant sur les compétences des salariés qui doivent avoir un droit de regard sur la gestion de l’entreprise. Depuis plusieurs années, ils revendiquent la création d’un pôle industriel autour des véhicules de demain, électriques et hydrogènes. Le site de Blanquefort a les ressources et le savoir-faire dans ces domaines et ne doit pas être abandonné aux appétits financiers de Magna mais être à la pointe, comme acteur industriel, pour porter les transports propres de demain auxquels aspirent toutes les collectivités locales et qu’exigent les bouleversements climatiques que nous connaissons.

Stéphane Le Bot