Loi Blanquer : Le projet d’école libérale ne passe(ra) pas !

La Loi est une somme d’articles qui peuvent paraitre décousus, mais sont en parfaite cohérence avec les réformes passées et en cours (Lycée, voie professionnelle, Bac, Parcoursup, suppressions de postes massives…).

Il faut lire l’exposé des motifs de la loi pour voir l’ambition affichée « garantir la maîtrise des savoirs fondamentaux par tous les élèves ». Si personne ne peut être contre la maîtrise de savoirs, la volonté est de recentrer le système éducatif sur certains savoirs (lire, écrire, compter, respecter autrui) au détriment de l’accès à une culture riche, variée et émancipatrice. C’est bien l’accès à une culture riche et variée qui permet de comprendre le monde dans sa complexité et de pouvoir agir en tant que citoyen éclairé.
Condorcet établissait que « le pays le plus libre est celui où un plus grand nombre de fonctions publiques peuvent être exercées par ceux qui n’ont reçu qu’une instruction commune » et que la fonction de l’éducation était de « rendre tous les citoyens capables d’exercer les fonctions publiques ». C’est à l’opposé de ce que portent les politiques libérales en centrant l’éducation commune sur des « fondamentaux » (logique du « socle commun » de F. Fillon en 2005 et projet Blanquer).

Le modèle libéral tente de transformer en profondeur les systèmes éducatifs pour les « calquer » sur les besoins du marché. C’est ainsi que le conseil européen décrète en 2012 « Pour être compétitive sur le marché mondial, L’Europe doit disposer de systèmes d’enseignement et de formation qui répondent aux demandes du marché du travail et des apprenants ». Parallèlement le CEDEFOP* estime les besoins en emplois sur les 20 prochaines années à environ 50 % d’emplois qualifiés ou très qualifiés, et 50 % d’emplois peu ou pas qualifiés. C’est avec cette prévision de polarisation des emplois, mais aussi pour réduire les dépenses publiques d’éducation, que les libéraux tentent de formater tous les systèmes éducatifs avec une école centrée sur des savoirs de base utilitaristes pour certains, et une école d’élite pour les autres. L’article 6 de la loi est un condensé du projet avec la création des établissements des « savoirs fondamentaux » d’un côté, et des établissements « internationaux » de l’autre (de la maternelle au lycée, avec test d’entrée…) pour une élite, renforçant d’autant plus le défaut de mixité sociale de l’enseignement public français ! L’élévation de la culture pour tous, de façon commune et au plus haut niveau possible est abandonnée.
Si le projet n’est pas nouveau, Jean-Michel Blanquer s’emploie à accélérer le processus. C’est ainsi qu’il fermera la porte des universités avec Parcoursup, qu’il affaiblira la formation professionnelle, que le bac ne sera plus reconnu, le lycée se spécialisera pour surtout préparer la suite (ou l’abandon) des études.
C’est pourquoi les mobilisations se développent du côté des enseignants, des parents, des élus et acteurs du monde de l’éducation car c’est bien de l’avenir du système éducatif dont il est question. La loi cristallise un ensemble de réformes rétrogrades qui visent à renforcer l’ordre établi. Pour les acteurs du système éducatif, évidemment cela ne passe pas. Les mobilisations s’amplifient et il faut continuer pour stopper ce projet d’école libérale.

Alain De Carlo

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