Réforme du lycée et du baccalauréat : La méthode du mensonge par omission

« Encore une nouvelle réforme rue de Grenelle » disait-on sans enthousiasme dans la salle des professeurs le jour de la pré-rentrée ! Après celle du collège, voici celle du lycée… Pour le baccalauréat général, c’est la fin des séries (ES, L et S). En lieu et place, un bac à la carte, avec moins d’épreuves et des enseignements de « spécialités » pour lui donner une coloration. Cette nouvelle formule entrera en vigueur en 2019-2020 pour la classe de Première et en 2020-2021 pour celle de Terminale.

La communication du ministère n’a pas lésiné sur les moyens pour faire la promotion de cette réforme : elle a fait appel à des « Youtubers » en vogue comme Cyrus North par exemple. Et dans l’une de ces vidéos rassurantes, le ministre Jean-Michel Blanquer faisait cette promesse aux lycéens à l’automne dernier : « vous aurez la liberté de choisir les spécialités en suivant vos goûts et vos centres d’intérêts ». Sans trop y croire, les enseignants ont tenu le même langage…
Hélas, quelques mois auront été suffisants pour découvrir l’envers du décor. Une note du ministère du 6 mars 2019 précise les modalités de ce « libre choix des élèves » en ajoutant une formule qui en dit long : « liberté dans la limite des contraintes d’organisation ». Ainsi le principe du libre choix est cadré par une règle bien plus forte : la gestion de moyens. Les élèves ne seront libres de choisir que dans les spécialités que l’administration pourra leur offrir et selon leurs notes, lesquelles masquent des inégalités de niveau entre les établissements. Si une spécialité convoitée n’est pas offerte par l’établissement de secteur, il faudra changer de lycée « dans la limite des places disponibles ». Les enseignants ont dû alors expliquer aux élèves que la parole du ministère avait changé…
Un détail qui aura une conséquence : le choix du lycée à l’issue de la Troisième sera déterminant pour l’élève, car le changement de lycée sera très difficile (les dérogations ne seront pas prioritaires). Ainsi, l’élève sera de facto attaché à l’offre de son établissement.
Mais il y a plus grave avec la bataille pour les « bonnes spécialités » comme la « spécialité maths », la matière disparait du tronc commun en Première et Terminale et sera l’objet d’un arbitrage selon une logique de méritocratie qui relève déjà du tri social. L’existence d’un lycée à deux vitesses est une réalité (entre le privé et le public, entre les centres-villes et les banlieues populaires). La réforme renforcera donc les tendances lourdes existantes. On est loin du projet Langevin-Wallon (deux sommités intellectuelles communistes d’après-guerre) qui présida à l’établissement d’une école pour tous, primaire et secondaire, dans une logique de démocratisation volontariste à laquelle se substitua progressivement une logique de massification dans un contexte d’inégalités sociales et territoriales.
Alors que le ministre parlait d’un droit de choisir pour les élèves, l’administration trouvera en fait dans cette réforme une souplesse de gestion du fait de la suppression des filières, une souplesse bien utile dans un contexte budgétaire insuffisant. Bien utile…sauf pour les élèves. Les Youtubers avaient oublié ce détail dans leurs vidéos promotionnelles !
Le remède à ce lycée des inégalités ? Un projet communiste de transformation du système éducatif. Construisons-le tous ensemble avec le réseau école du PCF.

Stéphane Bailanger
Professeur d’histoire-géographie au lycée Sud-Médoc