Rive droite : Un collectif mobilise et rassemble contre les réformes Blanquer

Une occupation du Lycée Elie Faure à Lormont, de l’école maternelle Condorcet à Lormont, de l’école René Cassagne à Cenon, apéritif citoyen à la maison des associations de Cenon pour discuter éducation… Les derniers jours avant les vacances scolaires ne se sont pas déroulés dans la sérénité dans les établissements scolaires de la rive droite : la faute aux réformes Blanquer qui inquiètent particulièrement dans ces milieux populaires et à un collectif qui travaille à informer et à rassembler. Vincent Couturier Lopez, gilet jaune, enseignant et désigné par ses collègues comme cheville ouvrière du mouvement, nous raconte.

« Un jour j’ai décidé d’envoyer un mail à tous les collègues de Cenon, en mode gilet jaune, c’est-à-dire hors des cadres habituels, pour parler de la loi Blanquer. Ça a pris. Nous nous sommes réunis à une quarantaine un midi. Il y a eu une première phase d’information sur la loi, c’était long mais indispensable. Maintenant nous sommes dans une phase de convergence avec les parents et nous réfléchissons aux modalités d’action.
Nous étions en contact avec des collègues du second degré de Lormont et Floirac. Il y a d’abord eu des rencontres par degrés puis entre les degrés et la création du collectif “Ensemble pour l’Éducation 33” qui rassemble tous les acteurs de l’Éducation : personnels, parents, citoyens, élus… Sur Floirac et surtout Lormont, il y a une action plus syndicale avec des réunions d’information où ils ont réuni petit à petit les collègues. Même si les formes sont différentes, nous avons tous le même point de vue sur ce qui se passe, c’est ce qui a fait que le collectif s’est créé.
L’information était importante car cette loi est complexe et comme on dit : “quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup”. Sur la question des directeurs et des maternelles, par exemple, Blanquer a affirmé que nous diffusions des “bobards” auprès des parents et que ni les uns ni les autres n’allaient disparaître. En effet, pour le moment. Mais la mise en œuvre de cette loi va faire, qu’à terme, ils vont disparaître. Scolariser tous les enfants à partir de 3 ans, cela veut dire qu’avec le même budget qui ne finançait que le public avant 6 ans, on va financer le public et le privé. De plus, il y a eu un amendement pour permettre aux jardins d’enfants d’enseigner. C’est clairement de la concurrence déloyale. On va se retrouver avec des maternelles publiques qui auront moins de financement, vu qu’il faudra aussi financer les maternelles privées, à 30 enfants par classes, en concurrence avec des jardins d’enfants, à 20 enfants par classe et plus de moyens puisque, en plus, ils recevront des fonds privés. Donc, à terme, nous craignons en effet que la maternelle publique disparaisse. Sur la question des directeurs aussi c’est flou. En gros, ils vont créer les Établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF), entité administrative qui regroupera les enfants de la maternelle jusqu’au collège. Il va y avoir deux formes dont l’une sera plutôt physique, dans le rural notamment, où ils fermeront les petites écoles et regrouperont tout ce beau monde dans le collège de secteur. À Cenon, ce n’est pas ce qui va se passer, il y a 18 écoles, ils ne peuvent pas les fermer. Par contre, ils peuvent créer un EPSF, où le collège de secteur, donc le principal avec un adjoint, gèrera les écoles. C’est la disparition des directeurs d’école, avec toutes les conséquences que ça entraînerait sur le rapport entre l’école et les parents, la gestion des emplois du temps des Atsem, les réunions de conseil…
Bref, tout cela n’est pas clair, donc nous proposons au ministre de tout reprendre depuis le début.
Par contre ce qui est clair, c’est la question des contractuels, liée à la casse du statut dans la Fonction publique. Sous couvert de former, on va envoyer des contractuels dans les classes : des étudiants dès le début de leur deuxième année de licence, quel que soit leur cursus. Les portes-flingues de la République en marche ont fait des contre-attaques médiatiques en affirmant que c’était faux, que c’était pour l’aide aux devoirs, etc. C’est un mensonge par omission car, en effet, ils vont faire de l’aide aux devoirs mais ils vont aussi avoir le droit d’enseigner et de nous remplacer. Qui va les former ? Nous. J’ai l’exemple d’une contractuelle qui est venue, a fait un CP en REP toute l’année, a été formée par une collègue, elle a eu l’écrit du concours mais pas l’oral et, summum de l’hypocrisie, ils l’ont quand même appelée pour qu’elle reprenne à la rentrée.
L’Éducation nationale est déjà un fruit bien entamé, malgré le travail que nous fournissons car le privé, avec plus de moyens et en sélectionnant les gamins, a de plus mauvais résultats. Mais il faut convaincre les gens du contraire, les convaincre qu’avec la mise en concurrence, il y aura de meilleurs résultats. On le voit avec la “culture de l’évaluation” que veut faire passer Blanquer et qui n’a qu’un but : servir une idéologie de casse de l’école et faire dire que 25 % des élèves ne savent pas lire et qu’on est naze en maths. Sinon, évaluer, moi je le fais tous les jours. Mais cette évaluation-là va mettre en concurrence les élèves, les collègues qui vont être payés au mérite et les établissements. Par contre, monsieur Blanquer fait disparaître le dispositif d’évaluation des politiques scolaires pour le remplacer par un conseil dont la plupart des membres vont être nommés par le ministre et qui va évaluer les écoles.
Nous ne disons pas que tout va bien dans ce qui se faisait jusque-là, ça va même de moins en moins bien depuis longtemps. En France, on est les champions du monde du creusement de l’inégalité à cause de l’école, de la reproduction sociale, toutes les statistiques le disent. Mais cette loi va accélérer de manière exponentielle la casse de l’école publique. C’est ce qui nous inquiète. »

Propos recueillis par Christelle Danglot