4 juin à Paris : Une grande manifestation pour la SNCF est annoncée

Près d’un an après l’adoption de la loi pour un nouveau pacte ferroviaire, les cheminots sont appelés par toutes les organisations syndicales représentatives à une manifestation nationale, le 4 juin à Paris, pour le maintien et le développement de la SNCF, entreprise publique et intégrée. Explications par David Plagès, militant syndical et politique des cheminots Bordeaux gare.

NBSO. Une nouvelle manifestation nationale qui s’annonce importante, des cas de suicides évoqués dans l’entreprise… La situation des cheminots s’est-elle dégradée ?

David Plagès. Le budget, cette année encore, prévoit la suppression de près 2 500 emplois. Les salaires sont gelés depuis 5 ans. Alors que le volet sur la classification des métiers dans la future convention collective nationale ferroviaire n’est pas encore passé, l’entreprise force le passage de 146 métiers existants à la SNCF, environ, à une quarantaine. Or beaucoup de métiers ont trait à la sécurité ferroviaire. Il y a une dilution des responsabilités, sans formation et sans évaluation.
Après les deux réformes ferroviaires successives, l’arrivée de la concurrence sert d’alibi pour pouvoir massacrer l’emploi au statut, créant la peur de perdre son emploi localement. Il y a un délitement depuis plusieurs années du sens que chacun se fait de son travail au quotidien. Tout cela crée souffrance et repli sur soi. Le cynisme managérial nous amènera tous au même point : on passe tous à la broyeuse libérale. Mais l’empathie ne résout rien, il faut continuer à se battre.

NBSO. C’est pourquoi les cheminots sont appelés à manifester le 4 juin…

D.P. Sur les conditions de travail et l’emploi bien sûr mais aussi sur la problématique, directement liée à la réforme ferroviaire, des 9000 kilomètres de petites lignes plus que jamais menacées. On a pu le voir à travers toutes les conventions TER qui ont été négociées et sont toutes orientées vers une baisse de budget de fonctionnement et c’est un paradoxe au moment où tout le monde se dit qu’il faudrait circuler en train. Ces baisses de dotations – qui ont été initiées en premier lieu par la SNCF, donc l’État, via un projet national nommé CAP TER 2020 – amène des conséquences comme l’abandon des contrôleurs dans chaque train, la fermeture de certaines gares et la mise à mal du réseau de distribution.
Nous savons, d’ores et déjà, que la manifestation du 4 juin, à l’appel de toutes les organisations syndicales représentatives de la SNCF, va être un succès. Elle doit nous permettre de retrouver le rapport de force, dans la continuité du mouvement contre la réforme ferroviaire du printemps 2018 car nous savons bien que, s’ajoutant à toutes ces bonnes raisons de se mobiliser, nous allons être attaqués, au second semestre, sur le registre de la protection sociale et notre régime spécial. La CGT fait déjà mesurer et acter par ses structures que pour éviter la fin de la protection sociale des cheminots, celle-ci doit être ouverte à tous les cheminots de la branche ferroviaire, à toutes les entreprises privées. Le progrès social, ça veut dire quelque chose, il doit être partagé par tous. On s’attend donc à avoir un second semestre très agité avec les cheminots à l’offensive. Il va falloir aussi qu’on reparle des salaires car 5 ans de gel quand SNCF mobilité vient de dégager un peu plus de 500 millions d’euros net de chiffre d’affaire, ce n’est pas acceptable.
Le 4 juin est donc une étape essentielle car on ne se voyait pas passer l’été sans remettre les cheminots dans le sens de la lutte.

NBSO. Tu parles des petites lignes menacées, est-ce que l’ouverture à la concurrence dans notre région va aggraver les choses ?

D.P. Dans un premier temps, non, c’est le financement du réseau le problème. En Nouvelle Aquitaine, il manque toujours 1,2 milliard pour retrouver ne serait-ce que la performance dont on était capable il y a 30 ans. Pour citer un exemple, entre Bordeaux et Saintes on roule à 60 kms/h. Un train peint en bleu, en jaune ou en rouge, s’il n’y a pas de rails ou s’ils sont en mauvais état, ne circulera pas. L’État ne veut pas payer et ne respecte pas ses engagements via les contrats de plan État-Région. On nous avait dit, après le rapport Spinetta et la réforme ferroviaire, que la loi d’orientation des mobilités répondrait à certaines de nos préoccupations or, dedans, il n’y a rien, aucun financement pour le ferroviaire. C’est pour ça, d’ailleurs, que le 12 avril dernier, le Conseil régional a voté une délibération portant un investissement de plus de 500 millions d’euros, sur les infrastructures ferroviaires en urgence. On pourrait se réjouir de cet investissement sauf que cela va se faire au détriment du service et de la productivité qu’on va demander aux différents opérateurs ferroviaires mis en concurrence au niveau de la région, et en particulier à la SNCF. C’est ça, la vraie problématique. Aujourd’hui, on veut pouvoir parler de ce qu’il conviendrait d’apporter aux populations et non de cadre restreint. On voudrait pouvoir parler de réouverture de lignes et non revenir à des performances d’il y a trente ans. C’est pourquoi, nous posons la réouverture de la ligne entre Saint-Mariens et Blaye. Pourquoi aussi ne pas parler de la réouverture de la ligne entre Floirac et Créon ? Pourquoi ne pas créer une ligne de train entre Andernos, par exemple, et Mérignac ? Il y a des solutions, dans toute la région. Si on veut des « mobilités », comme ils disent, dignes du XXIe siècle, il va falloir voir les choses autrement.
Enfin, sur les mises en concurrence, moi je note quand même qu’on investit beaucoup d’argent public sur la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Paris, seulement 25 % du privé, ce qui ne va pas les empêcher pendant 50 ans d’exploiter et de rentrer les péages dans leur caisse alors que ces péages au lieu d’enrichir leurs actionnaires, auraient pu servir à financer les petites lignes. Et pourquoi maintenir des lignes aériennes, en concurrence frontale avec le TGV sur l’axe Bordeaux-Paris alors qu’on voit que l’aérien perd des parts de marché, qu’il pollue quarante fois plus que le train, avec la même TVA alors le Kérosène n’est pas taxé. Quand on parle de concurrence, on a des choses à faire avant d’être dans le dogme comme le fait Alain Rousset.
Ce que l’on sait aujourd’hui, par ailleurs, est sans surprise : sur les 5 lots régionaux qui ont été établis afin d’ouvrir à la concurrence, les choix de ne pas confier à un opérateur privé la région Limousin et le Poitou-Charentes indiquent bien que partout où le réseau est en mauvais état et où les trains ne sont pas remplis, ça restera à charge de l’opérateur historique.
C’est pourquoi la CGT cheminots invite les citoyens, les élus et les forces politiques qui l’accompagnent dans le cadre du comité régional de vigilance à monter également à Paris pour cette manifestation nationale qui sera une grande réussite, après celle de Bruxelles du 15 mars.

Propos recueillis par Christelle Danglot