Financement européen de l’aide alimentaire : Les associations appellent au soutien des élus

Ce n’est pas la première fois que le financement européen de l’aide alimentaire est remis en question. Les associations françaises qui redistribuent cette aide s’inquiètent de son avenir. Elles avaient trouvé un soutien important auprès des parlementaires européens communistes (lire notre édition du 25 avril), c’est donc naturellement que Denis Laulan, secrétaire général de la fédération de la Gironde du Secours populaire français et Pierre Pouget, président de la Banque alimentaire en Gironde ont répondu à l’invitation de Sébastien Laborde, responsable du PCF en Gironde pour exposer la situation et en débattre.

Vendredi 10 mai, en fin de matinée, trois des 4 associations françaises qui font bénéficier leur public du programme d’aide alimentaire de l’Union européenne, à travers le Fonds européen d’Aide aux plus Démunis (FEAD), tenaient une conférence de presse à l’Athénée municipale à Bordeaux. Corine Ackret, présidente des Restos du cœur en Gironde, y rappelait la nécessité que représente ce financement, même pour cette grande association : « Pour les restos, ça représente un repas sur quatre ». L’inquiétude est donc grande quand le financement risque de passer de 3,8 milliards à 2 milliards. « C’est le moment de commencer à se bouger car les élections du 26 mai prochain vont désigner de nouveaux députés européens qu’il faut sensibiliser ».
En effet, de Ian Brossat aux responsables du Secours populaire et de la Banque alimentaire, présents sur la fête de l’Humanité Gironde, tous ont démontré l’utilité des Parlementaires européens avec la bataille qu’ils ont mené, relayant celle des associations, pour sauver le programme d’aide alimentaire au sein du FEAD en 2014. « Car l’aide alimentaire, c’est la porte d’entrée vers d’autres aides, d’autres accompagnements, explique Denis Laulan, samedi après-midi. C’est d’abord pour répondre à une urgence alimentaire que les personnes viennent au Secours populaire, et c’est à partir de là que nous pouvons leur proposer de partir en vacances ou d’aller à l’Opéra comme nous venons de le faire avec une soixantaine de personnes récemment. » Sébastien Laborde, qui est aussi vice-président de la CALI délégué à l’action sociale, confirme : « Sans le passage par les associations ou le CCAS pour obtenir une aide alimentaire, certaines personnes n’auraient aucun lien social. Ce sont ces dispositifs qui nous permettent de prendre contact et d’envisager un travail d’accompagnement plus profond ».
Le FEAD serait intégré à un « Fonds social européen + » doté d’une enveloppe globale de 100 milliards, dont l’aide alimentaire représenterait 3 % au mieux or, en Europe, 6,6 % de la population se trouve en situation de pauvreté matérielle sévère.
« Les politiques publiques doivent participer à mettre en place les outils qui garantissent la dignité des personnes, s’indigne Pierre Poujet. Les acteurs publics nous disent souvent “heureusement que vous êtes là” mais nous leur disons qu’ils doivent déjà changer leur politique pour faire reculer la précarité, la pauvreté, pour une meilleure répartition des richesses. D’autre part, la solidarité fait partie des valeurs qui ont permis de construire l’Europe. Il faut marquer nos élus à la culotte pour qu’ils ne lâchent pas. »
Dans le débat, ont été décrits les différents visages de la pauvreté en Gironde. Julie Minot, directrice du SPF, explique que les fonds sociaux européens sont beaucoup « fléchés » sur l’employabilité, ce qui ne correspond pas à toute une partie du public reçu par l’association : personnes âgées, handicapées, travailleurs et surtout travailleuses pauvres, saisonniers… Et étudiants, ajoute Pierre Poujet.
C’est en décrivant la solidarité, indissociable de la fraternité, comme sujet éminemment politique pour lequel « tout le monde doit se retrousser les manches » que s’est conclu le débat.
Ian Brossat, le lendemain, abordait le sujet en meeting, en ne manquant pas de rendre hommage à Julien Lauprêtre, le président national du SPF décédé récemment, et en assurant les associations de son soutien dans cette bataille, s’il est élu.

Les associations vont poursuivre leur travail de sensibilisation en juin, auprès des élus locaux et nationaux également. Elles envisagent une initiative de plus grande envergure à la rentrée de septembre.

C.D.

FEAD : Quelques repères

Dès sa fondation, l’Union Européenne a affirmé une ambition solidaire. Celle-ci s’est notamment traduite dès le milieu des années 80 par la création du PEAD, programme alimentaire européen, qui s’est poursuivi jusqu’en 2013.

À partir de 2014 a été lancé le FEAD avec pour objectif l’inclusion sociale des plus démunis à travers un soutien financier dédié à l’assistance matérielle et alimentaire, ainsi qu’à des mesures d’accompagnement.

 Le FEAD jusqu’en 2020

L’aide alimentaire européenne est aujourd’hui financée via le Fonds européen d’Aide aux plus Démunis (FEAD). Prévu jusqu’en 2020, ce fonds est doté d’un budget global de 3,8 milliards d’euros pour 7 ans, soit environ 550 millions d’euros par an.

Pour la France, cela correspond à 82 millions d’euros dont 15% proviennent des fonds publics français.

4 associations partenaires reçoivent aujourd’hui le FEAD : la Croix rouge française, la Fédération française des Banques alimentaires, les Restos du Cœur et le Secours populaire français.

À partir de 2021, un nouveau budget européen

Les périodes budgétaires de l’Union européenne sont votées pour 7 années. Les actuelles négociations portent sur le cadre et la composition du budget 2021-2027.

Parmi les évolutions les plus importantes se trouve celle qui touche l’actuel FEAD et son intégration dans un fonds plus large : le « Fonds social européen + » dit FSE+. À ce stade, le FSE+ est doté d’une enveloppe globale d’environ 100 milliards d’euros dont le dernier volet comprendrait l’actuel FEAD.

Des moyens européens divisés de moitié

Selon les projections budgétaires actuelles, l’aide alimentaire européenne se verrait attribuer un budget garanti de 2 milliards pour 7 ans (2% de 100 milliards). Cela représente la moitié seulement du budget de l’actuel FEAD (3.8 milliards euros pour 2014-2020).

Ce pourcentage a été porté à 3% suite à une première phase d’amendements de la Commission Emploi et Affaires Sociales du Parlement européen en décembre 2018.