La production d’électricité nucléaire en question

Belle affluence, samedi 11 mai 2019 à la fête de l’Humanité Gironde, pour un débat qui abordait un sujet délicat : la production d’énergie nucléaire. Face à l’émergence des énergies renouvelables et les inquiétudes sécuritaires que traîne cette source d’énergie, depuis plusieurs dizaines d’années, quels arguments pouvaient avancer les invités Alain Tournebise, ingénieur et directeur de la revue Progressiste, Louis Mavuy, ingénieur chez Areva, Olivier Delbos, Secrétaire du syndicat CGT de la centrale du Blayais… ?

Trois thèmes centraux sont abordés par les intervenants lorsque le sujet du nucléaire est mis sur la table.
La réponse aux besoins en matière de production d’électricité
La France a fait le choix, il y a soixante ans, d’une production d’électricité de masse et peu chère afin de répondre à la croissance d’une part et de s’assurer d’une indépendance énergétique d’autre part.
Se pose maintenant la question de la nature de la croissance et de nos besoins à l’horizon 30 ans. Sachant que pour remplacer les quatre tranches de la centrale du Blayais (900MW chacune), il faudrait un parc de 1 400 éoliennes ou l’équivalent de plus de 350 terrains de football de panneaux photovoltaïques, la question est donc centrale.
L’atteinte à l’environnement
L’énergie nucléaire n’émet que très peu de CO2, cela n’est guère contestable, contrairement aux centrales à charbon, les plus mauvaises élèves en la matière. Or, peut-on envisager que les énergies renouvelables offriront une capacité suffisante pour ne pas avoir à réveiller ce type ancien de production ? L’exemple de l’Allemagne n’est pas aujourd’hui rassurant de ce point de vue. Par ailleurs, des voix s’élèvent pour alerter sur l’impact environnemental des matériaux utilisés par le photovoltaïque et les éoliennes.
La sûreté
La sûreté a été mise en lumière par les trois accidents majeurs survenus à ce jour : Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011. Si deux des centrales étaient gérées par des opérateurs privés, ce n’était pas le cas de Tchernobyl. Cela révèle qu’il y a toujours un point délicat de décision entre le besoin de satisfaire l’alimentation des entreprises et de la population et l’exigence de sûreté.
Le fait que l’exploitant soit public, comme en France avec la présence d’EDF, réduit le risque d’accident certes, mais pas totalement s’il est soumis aux mêmes critères de rentabilité que le marché.
Pour toutes ces raisons, les intervenants soulignaient l’importance que cette question fasse l’objet d’un débat citoyen et que la gouvernance démocratique de cette industrie associe la population, les salariés de l’opérateur et les instances politiques. Avec la proximité géographique de Blaye, nous ne pouvons qu’approuver.

Jean-Jacques Bordes