PCF : Enjeux et batailles européennes en débat à Bacalan

Charlotte Balavoine, attachée parlementaire du groupe Gauche unie (GUE) au Parlement de Strasbourg, Pascal Pontac, syndicaliste Ports et Docks de Saint Nazaire, tous deux candidats sur la liste de Ian Brossat et Eric Bourguignon, candidat sur la liste Die Linke (Allemagne) intervenaient pour une conférence organisée salle Pierre-Tachou, à Bordeaux, jeudi dernier, sur les enjeux de cette campagne électorale et les batailles à mener sur le plan européen.

Dans la soirée, après la réunion publique salle Pierre-Tachou, ou dans les jours qui ont suivi, chaque personne, communiste ou non, ayant assisté aux interventions de Charlotte Balavoine, Pascal Pontac et Eric Bourguignon, soulignait la qualité des propos tenus. Chacun de ces trois intervenants, dans son domaine de prédilection lié à son activité politique, a pu porter loin, tant dans l’analyse que dans les batailles à mener, les enjeux qui entourent les élections européennes du 26 mai prochain. La réunion publique de jeudi dernier à Bacalan a donc pu permettre à chacun et chacune de s’outiller davantage en vue du petit mois de campagne à venir désormais.
Dans l’ordre des interventions, Charlotte Balavoine, assistante parlementaire du groupe Gauche unitaire au sein du Parlement européen, a été d’une extrême limpidité : « C’est opaque, fumeux, et ce n’est pas dû au hasard. Tout est structuré pour que les gens n’y aient pas accès », affirme-t-elle dans l’introduction de son intervention au sujet de la construction européenne. Elle cite quelques exemples, comme les traités de libre-échange, qui se négocient dans le dos des parlementaires et de leurs équipes. Elle rappelle aussi le pouvoir exorbitant donné au Conseil européen, composé des gouvernants de chaque pays, qui peut bloquer toute décision démocratique du mécanisme européen, toujours dans le même sens. « Macron, à Bruxelles, il défend toujours les intérêts des mêmes, ceux des capitalistes ». Elle cite aussi des exemples de sujets dans lequel le Parlement européen a poussé initialement le curseur des droits bien plus loin que ce que ne prévoient les textes nationaux. C’est le cas d’un texte voté sur le congé maternité, que les trois derniers présidents de la République ont, chacun leur tour, vidé des avancées espérées.

Des luttes à mener

Mais il n’y a pas de quoi verser dans le pessimisme, pas avec Charlotte en tout cas, quand elle cite les leviers mobilisés pour mener les batailles. Certes le groupe Gauche unitaire (dont font partie les député-e-s communistes français) ne compte que 52 parlementaires, sur une Assemblée de 751 élus, à comparer aussi aux 40 000 lobbystes accrédités, dont la grande majorité travaillent aux intérêts capitalistes. « Mais nous sommes les porte-paroles du mouvement social, dans les luttes du travail ou récemment, dans le débat sur les violences policières. Nous essayons de bloquer des textes, de pousser la contradiction, de renforcer les luttes comme celle contre l’évasion fiscale à l’échelle européenne. Nous travaillons à construire le rapport de forces, au quotidien, en construisant des initiatives en lien avec d’autres pays ».
À ce sujet, Pascal Pontac avait de quoi développer un bon exemple de luttes transnationales, dans les ports européens. Un exemple que le candidat sur la liste de Ian BROSSAT, syndicaliste Ports et Docks à Saint-Nazaire, fait naître en 1998 à Liverpool, quand le capital s’attaque aux dockers. « Ce qu’on a vu, c’est de la répression, dans le sang. On s’est dit, si on attaque Liverpool, c’est aussi nous que l’on attaque. En 2000, on a créé IDC, le conseil international des dockers, pour lutter tous ensemble ». Nouvelle attaque libérale en 2003 : « On s’est opposé, on les a battus, c’est la première fois que l’on faisait tomber une directive ». Idem en 2006, avec un soutien indéfectible du Parti communiste aux côtés des dockers et un Parlement qui « retoque une nouvelle directive ». Depuis, une commission de dialogue a été créé et a permis, en anticipant les mauvais coups, de les tenir à distance. « Mais l’Europe libérale n’a pas dit que c’était fini. Maintenant, elle s’attaque aux États, un par un, pour privatiser les services publics. Les ports ne sont qu’un exemple ». Pascal Pontac cite l’exemple du Portugal, asphyxié par les politiques austéritaires. Évidemment, tout le monde pense aussi au sort de la Grèce.

Le « modèle » allemand

Dernier intervenant, Éric Bourguignon, qui avait fait la plus grande distance pour cette réunion publique. Originaire de Dordogne, il est établi depuis une quinzaine d’années en Allemagne, à Munich. Pour ces élections européennes, Éric Bourguignon, particulièrement engagé dans la lutte contre les discriminations, est candidat sur la liste Die Linke. Son intervention a permis de donner la réalité du fameux « modèle » allemand, vendu à grands renforts médiatiques de ce côté-ci du Rhin. Citons trois points. Les retraites ? « En Allemagne, le système est catastrophique. Il y a de la pauvreté dans la vieillesse. La non-progression des retraites et la hausse exponentielle des loyers poussent les gens vers la pauvreté. On voit des gens qui font les poubelles pour récupérer les bouteilles consignées. » Les salaires ? « La précarité vient aussi de la libéralisation du marché du travail. Le patronat allemand a baissé les salaires pour reconstituer ses marges à l’export ». Le logement ? Les retraites, les salaires, « ne sont que des exemples d’une longue liste de sujets qui expliquent que les allemands se mobilisent sur la question du logement », explique Éric Bourguignon. Ce qu’il dit de Munich (hausse des loyers, nouveaux bâtiments en R +8 ou 10) n’est pas sans rappeler les évolutions de Bordeaux, avec qui elle a d’autres points communs que celui du jumelage.
Des interventions du public ont permis de porter les échanges sur l’énergie, les migrants ou les travailleurs détachés. Cette réunion publique a été aussi l’occasion de pousser un peu plus loin les échanges. Dans la journée, une délégation des intervenants et des élus communistes métropolitains a ainsi longuement échangé avec la CGT du port de Bordeaux. Le lendemain, Charlotte Balavoine animait, rue Furtado, une formation sur l’Europe à l’attention des militants girondins.

Olivier Escots