Fête de la ruralité à Lassus : Débattre de la culture au cœur de la forêt

Samedi 22 juin, se déroulait la traditionnelle fête de la ruralité organisée – fin août habituellement – par les communistes de Haute Lande dans la propriété de Raymond Lagardère à Lassus. Le matin le débat sur la Culture, dans le cadre des Rencontres rurales, a rencontré un succès, peut-être inattendu.

« Pourquoi la question de la culture ne serait-elle pas abordée en milieu rural ? » Interroge d’emblée Bernard Sengayrac, secrétaire de la section du PCF. À peine un mois après les européennes et à peine un an avant les municipales, la culture n’est sans doute pas le premier sujet qui vient à l’esprit des militants, qui plus est en milieu rural. « Tout d’abord parce qu’il existe une magistrale fracture des budgets culturels entre la région parisienne et les autres régions et, au cœur de celles-ci, entre les métropoles ou grandes villes et les territoires ruraux ou périurbains, explique Bernard.
Il n’empêche qu’une cinquantaine de personnes ont participé au débat. Et la présence de personnalités des milieux culturels comme Patrick Lavaud, directeur artistique du festival des Nuits atypiques* ou Tederic Cahuzac, président de l’Ostau occitan – Institut d’études occitanes de Gironde, montre s’il en était besoin à quel point cela n’avait rien d’incongru d’aborder ce sujet chez Raymond Lagardère, figure militante mais aussi culturelle quant à la forêt landaise, la pratique de la gemme, notamment.

Sans difficulté, l’enjeu politique, de classe que représente la culture s’est rapidement dégagé de l’échange en évoquant les fractures territoriales, les inégalités, la casse des services publics, la domination idéologique… « Ce que nous qualifions, nous, communistes, d’activité émancipatrice est soumise de plus en plus aux lois du marché, avait introduit le secrétaire de section. Le ministère de la culture qui va fêter ses 60 ans, ne parle plus que de biens culturels, de consommation de divertissements ou encore de patrimoine. Il développe une vision marchande de la culture et passéiste, celle d’un âge d’or de périodes glorieuses, une vision figée et qui épuise une grosse partie du budget ». Dans la foulée, Jean-Jacques Barey, responsable de la commission culture du Parti communiste rappelle la longue tradition culturelle et d’activités vivantes du PCF : de l’adhésion des surréalistes à l’influence de Jack Ralite, alors ministre de la santé puis des affaires sociales, de la solidarité et de l’emploi, sur la politique culturelle de Jack Lang, ministre de la culture de 1981 à 1986 (doublement du budget, décentralisation théâtrale et de la danse, etc.) ; en passant par le Front populaire (avec la création du Festival de Cannes) ; la création d’un secrétariat des arts et lettres à la libération ; jusqu’à plus récemment la tenue d’États généraux de la culture…

La légitimité du PCF pour parler culture n’est plus à démontrer, d’ailleurs Vincent Taconet, rédacteur en chef de la revue du PCF, L’Ormée, note que « puisqu’on a tendance à parler de la culture en terme de chiffres, je trouve que se trouver à une cinquantaine ici pour parler culture est extraordinaire ». S’il évoque une culture de la classe dominante comme Marx décrivait une idéologie de la classe dominante, il rappelle que, pour les communistes, il ne s’agit pas de mépriser la culture en place mais de faire savoir et de montrer « l’immense richesse qu’on trouve partout », qui est « le fruit des luttes, des échanges, des pratiques, de l’expérience et de l’inventivité des groupes sociaux ». « Moi qui suis un intellectuel, un homme de la ville, un passionné de culture, je n’aurais rien su par exemple de la lutte des gemmeurs et de l’incroyable parcours d’un Raymond Lagardère, si je n’avais été un militant syndical et un militant politique ». Toujours est-il qu’une « épaisse porte de verre » éloigne encore « des millions de gens » de la culture, « malgré des efforts souvent sincères, par l’information, l’éducation, la diffusion, la gratuité… »

Amener la culture aux gens, amener les gens à la culture ? Culture élitiste et culture populaire ? Ne pas opposer et mettre la culture au pluriel… Toujours est-il qu’il faut poser la question des contenus, celle de services publics, notamment pour l’audiovisuel, la radio, celle des la représentation des territoires, des groupes sociaux, de leur parole, de leur culture. Élever le débat, dira Julien, car la question qui nous est posée par la politique menée dans notre pays est anthropologique. « Voulons-nous faire société ensemble ? Ou renvoyer chacun à la responsabilité de sa propre émancipation ? » Dans cette assemblée réunie, pas de doute : la responsabilité est collective et la politique culturelle doit participer – notamment par l’éducation populaire qui permet l’accès à la pratique artistique – à l’émancipation humaine et à la compréhension du monde.

C.D.
  • Patrick Lavaud est aussi passionné par la langue occitane qu’il promeut inlassablement depuis de très nombreuses années à travers la réalisation de documentaires.