Santé : Urgence pour les urgences

Alors que le mécontentement gagne tous les services hospitaliers publics, en grève mardi, à l’appel d’une intersyndicale CGT, FO et SUD, la ministre de la Santé n’a pas daigné recevoir la délégation des soignants et urgentistes venus de toute la France pour la rencontrer. Les députés communistes, dans l’action avec les personnels en grève, dénoncent également cette politique de la chaise vide alors que partout les personnels font état d’un épuisement général.

Rassemblés mardi devant le ministère de la Santé, les personnels hospitaliers espéraient un geste d’Agnès Buzyn. Une rencontre, en face-à-face, au moins, avec leurs organisations syndicales et le collectif Inter-Urgences, ce qui depuis le début du conflit, il y a quatre mois, ne s’est jamais produit. Comme le jeudi précédent, pour les urgentistes, non seulement la ministre était absente mais aucune des revendications des soignants n’a été satisfaite, juste une petite concession, sans certitude d’ailleurs, est envisagée sur le montant d’une prime de risque pour les agents des urgences. Le gouvernement promettait 90 euros, ce devrait être un peu plus. « La ministre veut nous diviser. Pour les uns, c’est la prime de risque, pour les autres, la prime de pratiques avancées, enfin pour d’autres encore, c’est une prime de coopération », déplorait le responsable du syndicat SUD, à sa sortie du ministère. Déception également partagée par la CGT et Force ouvrière. « Rien contre l’indigence salariale », a commenté FO, rappelant qu’en matière de salaire infirmier la France se place au 26e rang sur les 29 pays de l’OCDE. La CGT, qui demande l’organisation d’un « Grenelle sur les effectifs » qui concerneraient tous les secteurs : hôpitaux, Ehpad, psychiatrie et soins à domicile, a également déploré « qu’aucune réponse tangible n’ait été apportée à (sa) demande d’un moratoire contre les fermetures de lits hospitaliers ».
Aux manifestants, Alain Bruneel, député communiste du Nord, explique qu’à deux reprises une question à la ministre de la santé a été posée par son groupe GRD et que par deux fois elle était absente. « Elle n’écoute pas, constate le député. Mon collègue Jean-Paul Lecocq va à nouveau poser une question. Parce que Madame la ministre vous présentez un plan pour 2022 mais qu’est-ce qu’on fait en 2019 ? Qu’est-ce que vous avez fait en 2018 ? Il manque de personnel, il manque de moyens et vous n’écoutez pas ! La santé n’est pas une marchandise. Nous avons lancé une proposition de loi qui a pour but, notamment, un moratoire pour arrêter les fermetures de lits, les fermetures de services et de maternité. Ce moratoire est en ligne. Macron, au lendemain du grand débat a dit : “s’il y a un million de signatures, je suis prêt à étudier les propositions au sein de l’Assemblée nationale”, alors on dit chiche ! (à signer sur : www.urgencesante.org) »
Le matin sur Sud radio, Fabien Roussel, député et secrétaire national du PCF, rappelait également que ce dossier des services d’urgence, s’il était compliqué, était connu de tous ceux qui font le tour des hôpitaux pour écouter les personnels soignants, comme le font les parlementaires communistes depuis un an. « Ça fait des années que ça dure, il y a eu des centaines de milliers de lits fermés dans les services hospitaliers, ce qui fait que les services d’urgence sont aujourd’hui engorgés. On peut passer plus de dix heures sur un brancard en attendant que des lits se libèrent dans le service où la personne doit être hospitalisée. Ça devient insupportable : on parle de la vie de nos concitoyens ! Je le dis à la sinistre ministre de la santé : il va y avoir des morts. Je crains qu’il y ait une canicule cet été, qu’il y ait des victimes à cause de ce manque de personnel et ce manque de lits dans nos hôpitaux publics. La situation est critique. »
Le député a rappelé qu’il manquait des lits, 10 000 personnels soignants dans les services d’urgence.

C.D.