Décès de Georges Durou : Un militant acharné de la justice et de la paix nous a quitté

C’est avec tristesse que nous apprenons la disparition de notre camarade Georges Durou. Résistant et déporté, Jo aura eu toute sa vie la volonté de transmettre la mémoire de ce que fut la résistance à Bègles, sa ville, et en Gironde. Ses obsèques auront lieu le lundi 22 juillet, à 11h45, au crématorium de Mérignac. Ni fleurs ni couronnes, une collecte sera effectuée au profit du Secours populaire.

Arrêté à quinze ans pour distribution de tract, il est interné au fort du Hâ de Bordeaux puis au camp de Mérignac duquel il tentera de s’évader par trois fois. Il est ensuite envoyé au camp d’Oranienbourg-Sachsenhausen puis à l’usine-camp de concentration Heinkel. Il en reviendra à jamais marqué par l’épreuve de l’internement mais aussi et peut-être surtout par les formidables gestes de solidarité et de résistance auxquels il aura participé durant ces années d’horreur, qu’il racontera au travers d’un livre : Mes printemps de barbelés.
« Jo », comme on l’appelait, de retour des camps, militera à l’UJFP et au PCF, puis au plan syndical, aux PTT dont il sera un responsable de l’organisation CGT en Gironde. Il sera aussi l’un des fondateurs de l’Institut d’histoire sociale d’Aquitaine.
« Il n’aura eu de cesse jusqu’à la fin de sa vie de raconter la résistance communiste en Gironde avec, notamment, un énorme travail de recherche autour de l’appel de Charles Tillon, lancé à Gradignan, le 17 juin 1940, depuis le moulin de Moulineau, rappelle Sébastien Laborde, secrétaire départemental du PCF. Et comment évoquer le travail de mémoire de Georges sans parler de l’Association des familles de fusillés de Souge. 256 hommes fusillés entre 1940 et 1944 à Mérignac dont la mémoire reste vive. Georges aura toute sa vie été un militant acharné pour la justice et la paix. »
Georges Durou avait remis ses archives personnelles aux Archives départementales de la Gironde, le 7 mai 2018. À cette occasion, Jean Lavie, animateur de l’Institut CGT d’Histoire Sociale d’Aquitaine et de la Gironde et de l’Association du Souvenir des Fusillés de Souge, avait retracé son parcours et expliqué l’apport de Georges sur le plan historique. « Dès la création de l’Institut CGT d’Histoire Sociale Aquitain en 1983, dans la foulée de la mise en place de l’Institut National, à l’initiative du CR-CGT et de quelques anciens, Jo en est élu président. Une des premières décisions fut de constituer un groupe “archives” (…). Et si aujourd’hui nous comptons 7 000 boîtes et 15 000 photos dans nos rayons c’est parce que Jo et ses camarades avaient compris, que l’histoire sociale ne pourrait s’écrire de manière satisfaisante qu’en s’appuyant sur des matériaux, tels que journaux, tracts, compte-rendus des congrès, PV de bureaux ou autres, témoignages et archives personnelles diverses, conservés dans de bonnes conditions et accessibles à qui voudraient bien s’en préoccuper ». (…) Ce travail avait notamment permis, avec le n°28 d’Aperçus (1er trimestre 1993), intitulé Vichy… Une politique d’hégémonie idéologique, de montrer que si le parti communiste, dissous, interdit, était troublé, désorganisé, hésitant, en certains endroits, ses militants n’avaient pas attendu pour autant le 22 juin 41 pour s’opposer résolument à l’occupant. « Ainsi, l’enseignement à tirer, est que ce type de publication a contribué, au moins en Gironde, à sa modeste mesure sans doute, à rééquilibrer un discours qui courait depuis la guerre froide. Et cette réalité a aussi contribué à une autre évolution qui doit également beaucoup à Jo. C’est l’évolution de l’Association du Souvenir des Fusillés de Souge », dont « Jo » était toujours le président. Georges Durou s’était attaché à faire du Comité de Souge une association « de tous les fusillés ». Ce rôle joué par « Jo », pour normaliser les relations entre ce qui s’appelait à l’époque le Comité de Souge et les autorités préfectorales, militaires et institutionnelles locales, après une période teintée de guerre froide, avait été souligné par Jean Cavignac, conservateur des Archives départementales de la Gironde lors d’un colloque organisé par le CNRS à l’occasion du 40e anniversaire des commémorations de la guerre 39-45.
En confiant ses archives au service public, Georges Durou a mis son travail de Mémoire à la disposition de jeunes, de chercheurs, de curieux… Soucieux, jusqu’au bout de transmettre.

La fédération de Gironde du PCF adresse à sa famille et à ses proches, ses sincères et fraternelles condoléances.

L’hommage de la fédération de la Gironde du Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF) :

On demande souvent ce que c’est que d’être communiste aujourd’hui, mais on oublie parfois ce qu’était être communiste hier. C’était pour Jo Durou affronter une période où le militantisme communiste était interdit, dangereux. C’était à 15 ans être arrêté pour avoir imprimé des tracts. C’était une fois enfermé, prendre des risques, conscient des dangers encourus par les autres camarades au-delà du mur de sa cellule. 
Mais c’était aussi, après avoir connu l’horreur et les abysses humaines, faire le choix de parler de solidarité, d’espoir et de luttes. 

Être communiste aujourd’hui, et en particulier jeune communiste, c’est porter fièrement et transmettre la mémoire d’Hommes et de camarades tels que Jo Durou, l’honneur de leur mémoire, c’est être les héritiers d’une lutte qu’ils ont mené jusqu’au bout, et s’en rappeler.

Nous voulons donc remercier Jo, le remercier pour avoir porté et transmis des valeurs d’humanité et de solidarité dans sa vie, que nous nous attacherons à faire perdurer et rayonner bien après sa mort.