Évacuation de squats sans solution d’hébergement : L’indignation, la solidarité et l’exigence d’humanité

200 personnes, familles comprises, se sont retrouvées à la rue après l’expulsion par la préfecture des squats à « la zone du dehors » à Saint Médard et « le Gars rage » à Bordeaux. Alors que certain·es occupaient le parvis de l’église Saint-Michel et que d’autres avaient provisoirement trouvé refuge à La Bourse du travail, syndicats, associations et élu-e-s se mobilisaient ce mardi 16 juillet à l’appel de la CGT pour dénoncer l’inhumanité de la situation.
Rassemblement mardi 16 juillet devant la préfecture

« Cette situation est inhumaine et inacceptable. Comment peut-on expulser des familles entières de logements dont la vacance est volontaire, à des fins de spéculation immobilière pour plus de rentabilité ? » C’est par la voix de Max Guichard que s’est engagé le débat au Conseil de Métropole, le 12 juillet dernier, sur cette question. Car, comme l’a rappelé l’élu communiste, « les expulsions estivales sont devenues monnaie courante ». Or, même si certaines solutions de relogement d’urgence ont été proposées, plus de 200 personnes, familles et enfants compris, se retrouvent ainsi à la rue et sans aucune perspective de relogement.
En début de semaine, alors qu’une vingtaine de personnes accompagnées par le Squid investissaient le parvis de l’église Saint-Michel, à Bordeaux, pour donner de la visibilité à leur situation, une vingtaine d’autres accompagnées par Médecin du monde, Ovale citoyen, etc. demandait de l’aide à la CGT. Faute de solution dans la journée, ces personnes y ont passé la nuit. « Mais cela ne peut consister en rien une solution puisque la Bourse du travail ne dispose pas des structures d’hygiène et de restauration nécessaires », indiquait Corine Versigny, responsable départementale de la CGT, lors du rassemblement, mardi, initié par le syndicat à la préfecture et auquel participaient les syndicats Sud et CNT, les associations Médecins du monde, la Cimade, RESF, Ovale Citoyen et des élus (Naïma Charaï, vice-présidente PS de la Région Nouvelle-Aquitaine, Claude Mellier, vice-présidente PCF à la Métropole, etc.).
L’organisation syndicale a demandé à l’État, à la préfète, en lien avec l’ensemble des pouvoirs publics locaux (Mairie de Bordeaux, Métropole, Conseil départemental, communes…) « de prendre toutes leurs responsabilités en mettant à disposition un lieu d’urgence permettant l’accueil de ces femmes et ces hommes dans des conditions sanitaires et sociales dignes de ce nom et en procédant à un accompagnement dans le temps de chacune de ces personnes, leur permettant de vivre dignement ».
Lors du Conseil de métropole, Max Guichard a rappelé que la métropole compte 22 473 logements vides, dont 10 590 à Bordeaux, avec un nombre de résidences secondaires qui a presque doublé en 5 ans (Insee, 26 juin 2018). Ce qui amène les élus communistes, comme des élus verts ou socialistes, à demander la réquisition des logements vacants pour répondre en partie aux besoins de logement d’urgence. Max Guichard a également proposé de lancer un appel aux 28 maires pour mettre à disposition des gymnases. Le maire de Cenon serait prêt à le faire mais la préfecture n’avait toujours pas, mercredi matin, donné son accord.
Des rassemblements ont eu lieu chaque jour cette semaine avec des délégations (Élu·es PCF, UD CGT, Solidaires, Médecin du Monde…) reçues mardi à la préfecture, jeudi au Conseil départemental, vendredi à Cenon… Mercredi, la préfecture a aussi tenu une conférence de presse pour affirmer qu’elle continuerait à fermer les squats (Lire sur Rue89Bordeaux).

400 personnes également menacées d’expulsion à Bègles

Sur la zone commerciale Rives d’Arcins, depuis 2 ans, autour et à l’intérieur de 2 hangars désaffectés de la COREP, s’est installé, le camp Denis PAPIN (du nom de la rue). D’après Isabelle et Jean-Luc Taris, professionnels de santé et militants communistes, la population du camp est composée de 350 à 400 Roms Bulgares, ressortissants européens, avec pour la majorité des contrats de travail (dans les vignobles et l’hôtellerie) et une couverture santé, donc en situation régulière sur le territoire français. « Des enfants scolarisés, des femmes, certaines enceintes, des personnes âgées, certaines malades atteintes de maladies graves et bénéficiant d’un suivi et de traitement lourds tels que chimiothérapie et radiothérapie, sans parler des pathologies inhérentes à ce type de personnes vivant dans de telles conditions (affections dermatologiques et parasitaires, atteintes digestives et pulmonaires en lien avec la mauvaise évacuation des fumées émanant des poêles de chauffage artisanaux et les mauvaises conditions d’hygiène). L’impact psychologique (peur, stress, troubles du sommeil, sentiment d’insécurité permanent) de ces conditions de vie est énorme et commun à toutes les communautés menacées d’être expulsées à tout moment, sans délai de prévenance. »
Les occupants du camp savent qu’ils vont être expulsés d’un moment à l’autre mais aucune date n’est communiquée par la préfecture. C’est pourtant ce que demandent toutes les associations d’aide et de soutien. « Nous refusons que cette expulsion ait lieu dans les mêmes conditions de violence que le squat sur le site de l’ancienne ANPE à Bègles, il y a un an, qui a laissé de très nombreux occupants totalement démunis, sans papiers, ni biens personnels, ni de quoi se nourrir et boire, etc. » Prévenait Christine Texier, élue communiste, lors du conseil municipal du 4 juillet à Bègles. « Pourtant, un an après, le projet dont l’urgence nécessitait cette évacuation par la police, n’a toujours pas commencé. Il y avait donc possibilité que cette évacuation prenne le temps d’un minimum d’humanité. » « Nous sommes disponibles, avec les institutions, avec les associations et citoyen·nes qui se sentent concernés, à aider à ce que les occupant-e-s du squat Denis Papin ne connaissent pas le même sort. Nous interpellons également la ville de Villenave d’Ornon, la métropole et la préfecture. »
Pour le syndicat Sud Santé sociaux 33, le pouvoir mène avec ces expulsions estivales « une politique de harcèlement totalement décomplexée à l’encontre des plus démunis. C’est une stratégie qui est destinée à décourager les réfugiés de venir en France et les sans domiciles à ne plus recourir à la pratique du “squat” pour s’extraire de la misère absolue ».
Comme si ces populations avaient le choix…

Christelle Danglot