Hôpitaux : Climat en surchauffe dans les services d’urgence

La journée de mobilisation nationale à l’appel du collectif Inter-Urgences et de l’intersyndicale CGT, FO, SUD a confirmé que la contestation sociale a atteint un niveau sans précédent dans les services d’urgences et les salarié·es semblent déterminés à ne plus rien lâcher.

Sur l’ensemble du territoire, ont fleuri des grèves emmenées par les infirmières et les aides-soignants, en première ligne des dysfonctionnements en cascade dans les urgences. 154 services d’urgences ont rejoint l’appel du collectif Inter-Urgences et des syndicats. « Tous les jours, des préavis de grève sont déposés, relève Mireille Stivala, la secrétaire générale CGT de la fédération santé et action sociale. Le mouvement va crescendo. » Pour Christophe Le Tallec, vice-président du collectif Inter-Urgences, « la ministre Agnès Buzyn se trompe en pensant éteindre le conflit durant l’été. Le gouvernement n’a pas pris la mesure de ce qui est en train de se passer. Une chose est sûre, nous allons tenir pour la dignité. Le personnel est remonté à bloc ».
Longtemps ignorées et invisibilisées, les colères des soignants redoublent depuis les récentes annonces du ministère de la Santé, les millions promis ne permettront pas de recruter massivement, la prime forfaitaire de risque de 100 euros net ne répond pas aux attentes en matière de revalorisation salariale exigée à hauteur de 300 euros et Agnès Buzyn ignore toujours l’exigence de la réouverture des lits d’hospitalisation. Dans ce sillage, Martin Hirsch, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), a mis sur la table le renforcement des primes et la création de 230 postes. De quoi laisser de marbre les vingt-deux services en grève des hôpitaux parisiens, qui appellent à poursuivre la mobilisation.

Du national au local, les mêmes difficultés

Signe de la montée en puissance de la contestation, le mouvement s’accélère dans les territoires. Si des disparités locales existent, les grévistes reprennent les revendications nationales.
Dans la manifestation à Bordeaux, mardi, Stéphanie, déléguée du personnel aux urgences de l’hôpital de Libourne et membre du collectif inter-urgences, raconte d’abord la situation dans son service en grève depuis un mois : 20 à 25 patients par infirmière aux urgences, quand le diagnostic n’est pas posé et peut donc évoluer vers un caractère vital, ce sont forcément des vies en jeu. « À l’accueil, on a souvent 30 patients pour une infirmière, 30 patients qui n’ont pas encore été vus par des médecins. On travaille dans une insécurité permanente qui engendre de l’épuisement. On nous demande de faire toujours plus avec toujours moins de moyens. Depuis qu’on s’est mis en grève début juin, on est en négociation avec la direction et pour l’instant ça n’aboutit pas. La majorité des médecins nous soutient car eux aussi subissent. Concrètement sur 27 postes de médecins à l’hôpital de Libourne, en septembre il n’y en aura plus de 13 d’occupés. On ne sait pas comment les urgences vont tourner. » Les revendications locales sont de deux postes d’infirmier-e-s supplémentaires, un poste d’aide-soignant-e la nuit et sur Sainte-Foy (hôpital jumelé), un poste d’infirmier-e supplémentaire mais les salariés pensent global. « Je pense que le gouvernement n’a pas mesuré la situation, les propositions qui sont faites sont largement insuffisantes. On réclame 10 000 postes supplémentaires au niveau national et ce n’est pas avec les 15 millions alloués pour augmenter les effectifs cet été que ça va s’arranger. Il faut que le ministère le comprenne et il faut agir maintenant car la santé des patients est en jeu, tous les jours ».
Dans la manifestation, outre les services d’urgence bordelais, de La Réole-Langon, etc. il y a aussi ceux d’Agen et même de Bayonne. Émeline est infirmière à Haut-Laurent, « un petit service de proximité avec une antenne du Smur ». « Comme nous l’avons écrit sur notre pancarte, on fait du secrétariat, du ménage, de la médiation, de la psychologie, de la pédiatrie et on essaie de soigner. Nous voulons plus de personnel, au moins un-e infirmier-e à temps plein, mais surtout la reconnaissance de tout ce que nous faisons. Nous avons eu le tort d’accepter d’en faire toujours plus, aujourd’hui il y a des compteurs d’heures supplémentaires à 500. En 4 mois, il y a eu 5 départs d’infirmier·es. On veut aussi plus de lits en aval. Récemment, une dame est restée 4 jours aux urgences, c’est de plus en plus courant mais il faut que ça cesse ! Pour nous, ce gouvernement est aux abonnés absents, il nous donne une prime de 100 euros, bien sûr que nous voulons une revalorisation de nos revenus mais c’est surtout tout le système de santé qui s’écroule, avec son aide. Si on arrête le mouvement maintenant, on n’a rien compris. Il faut aller au bout pour pouvoir faire ce métier correctement, ce métier qu’on a choisi pour son aspect humain alors qu’on ne nous parle plus que de chiffres ».
Le mouvement social s’ancre dans le rejet de la vision purement comptable de la santé. Les syndicats poussent l’idée que les revendications des paramédicaux doivent s’étendre à l’ensemble du secteur public hospitalier.

C.D. avec L’Humanité