Services à la personne : Salarié-e-s dévoué-e-s mais pas bénévoles !

Jeudi 27 juin, plusieurs dizaines de salarié·es d’associations d’aide à domicile de la Gironde ont manifesté en criant « on n’est pas des bénévoles » et se sont rassemblées pour exiger la revalorisation de leurs salaires et des indemnités de remboursement de frais kilométriques. Dans le cadre d’une journée nationale pour la défense des services publics, ce mouvement a été initié dans le département par le syndicat CGT SAP 33 (service à la personne).

« Beaucoup en ont plein le dos et voulaient faire quelque chose avant les vacances », explique Annie Pascaud, responsable du CGT SAP 33.
Christine, elle aussi de la CGT, salariée d’une association d’aide à la personne et de soin à domicile qui emploie plus de 300 salarié-e-s en Haute Gironde explique que depuis plus de 10 ans, il n’y pas eu d’augmentation salariale ni d’augmentation des indemnités de frais kilométriques alors qu’elles (ce sont surtout des femmes) utilisent leurs propres véhicules pour travailler.

L’indemnité de remboursement
des frais kilométriques n’a pas bougé depuis 10 ans

« Nous sommes dédommagées de 0,35 centimes du kilomètre, ce qui est très peu par rapport au prix du carburant, l’entretien du véhicule, les assurances. On transporte les personnes dans nos propres véhicules. Donc nous demandons une revalorisation des salaires et une revalorisation de l’indemnité kilométrique, sachant que les trois quarts des salarié·es des associations d’aide à domicile sont à temps partiel subi avec des salaires moyens qui tournent autour de 1 000 euros, pour certaines beaucoup moins et sans aucune perspective de revalorisation.
Nous devons acheter nos blouses nous-mêmes, nous avons des amplitudes horaires de 11h, c’est-à-dire que vous embauchez le matin à 8h, vous débauchez à 19h. Pour les mamans qui ont des enfants en bas âge, c’est des frais de garderies d’école, plus des frais de nounous et de cantine. Elles paient pour travailler… Toutes les associations dans le département ont des problèmes pour recruter cet été, donc on va bourrer les plannings des salarié-e-s parce qu’il n’y a pas de remplaçant·es. Il faut dire que pour 1 000 euros par mois il faut travailler un week-end sur trois voire un week-end sur deux, les jours fériés, avec un seul jour de repos dans la semaine. Quand arrive la dernière heure du sixième jour, forcément on fait des erreurs, on fait des bêtises parce qu’on est épuisé. C’est une des professions où il y a le plus d’accident de travail parce qu’on fait des transferts, on soulève des personnes, on a des horaires très fatigants. On se bat en permanence pour faire respecter notre convention collective (Ndlr – qui n’est pas la même que dans le privé) mais il faut que le Conseil départemental augmente les subventions car, d’après nos employeurs, il n’y a pas assez de budget. D’ailleurs nos employeurs devraient être là. Mais eux sont dans leurs bureaux, avec la clim, des horaires normaux et une voiture de fonction. »

Quand arrive la dernière heure du 6e jour, c’est l’épuisement

Mêmes échos à l’Association Entraide Multiple (AEM) de Saint-Ciers-sur-Gironde, si ce n’est que les personnels semblent plus entendus au moins à l’interne, ce qui n’empêche pas les conditions de travail de plus en plus difficiles pour des revenus loin d’être à la hauteur.
Patricia est auxiliaire de vie sociale depuis plus de 17 ans. Elle est une des rares salarié-e-s à être à temps plein et perçoit donc 1 500 euros de salaire net. Normalement, elle doit faire 151 heures par semaine, « mais il y a des mois à plus de 160, voire 170 heures », dit-elle. « Depuis 2008, on n’a pas eu d’augmentation de l’indemnité de remboursement des frais kilométriques. 0,35 le km, ce n’est plus possible. Je fais deux pleins de gasoil, à 80-90 euros, par mois et si on ajoute l’entretien pour 60 kms par jour, ce n’est pas tenable ».
Magalie gagne 1 200 euros net avec 15 ans d’ancienneté, et dépense 280 euros de gasoil par mois. Béatrice qui a le même niveau de salaire a dû changer de voiture, elle se retrouve avec 400 euros de remboursement de crédit par mois…
« Et encore, nous avons réduit les déplacements pour diminuer les risques sur la santé et les coûts mais cela demande un gros travail sur les plannings », explique Céline, cadre de secteur or, côté administratif, « on est toujours trop ». Dans l’association, elle a en charge le recrutement, la mise en place et l’accompagnement des services chez les particuliers, personnes âgées et/ou handicapées. « Le Département donne de moins en moins d’argent alors on doit rogner sur les salaires, les kilomètres, les équipements… Poursuit Céline. Le coût de revient du service au domicile est plus élevé que ce que verse le Département.

Dans ces conditions, difficile de recruter

On s’en sortait grâce aux emplois aidés mais en 2018, on a un déficit global de 63 000 euros sur les 4 sites (La Rochelle, Pons et Mirambeau en plus de la Gironde). Pour une association, le déficit c’est la fermeture. C’est un métier tellement peu attractif que nous avons de grandes difficultés à recruter. Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir assurer la continuité de service pendant cette période estivale. Pour assurer un passage chez chaque personne, on va être obligé de réduire le temps de passage. Au bout de la chaîne, ce sont les personnes âgées qui subissent et les salariés qui ont des conditions de travail de plus en plus difficiles, ce qui provoque de l’absentéisme… » « On ne gagne même pas assez pour partir en vacances, on les passe chez nous, sur notre balcon », s’indigne Katia qui a deux enfants et dont le mari est au chômage.
Elles témoignent d’une charge de travail de plus en plus lourde avec des personnes de plus en plus âgées au domicile, de plus en plus dépendantes, qu’il faut accompagner jusqu’à la mort. Alors le manque de reconnaissance de la part du public, « attends, il y a la bonne qui arrive, entend-on parfois », « on nous prend pour le jardinier, la coiffeuse, on m’a même demandé de tuer un lapin », ou de la part des autres personnels soignants est générateur de souffrance. Elles voudraient, qu’au moins, l’institution leur donne les moyens, d’accompagner les publics dignement.

C.D.