L’immigration, toujours une diversion

Vincent Boivinet, membre de l’exécutif du PCF 33 et du Conseil national
Alors que le sujet est loin d’être le premier dans l’esprit des Français, E. Macron nous rejoue la partie qu’il avait jouée lors du grand débat : ce qui préoccupe les Français, c’est l’immigration !

À quelques mois des municipales, il remet le couvert avec son adversaire préféré rebaptisé RN avec son plat favori en plat de résistance : le migrant qui fuit les guerres que les européens ont créées, le migrant qui fuit la violence, la disparition de son territoire, le réfugié, lui, est un bon migrant. Le migrant qui fuit la misère de son pays, qui espère un meilleur pour sa famille, le migrant économique, lui est un mauvais migrant qui joue le jeu du capitalisme en faisant de la concurrence déloyale aux honnêtes travailleurs français.

Nous sommes face à un véritable défi d’humanité et les partis se revendiquant de gauche ne peuvent pas se laisser emporter sur ce terrain au prétexte de vouloir combattre ce qui fait le terreau de l’extrême droite.

L’immigration serait responsable des bas salaires et du chômage, utilisée à des fins politiques. Si on suit ce raisonnement, un pays aux flux migratoires nuls serait un paradis des hauts salaires. Nous savons qu’il n’en est rien et qu’à l’heure du capitalisme financiarisé, il n’existe d’oasis nulle part. 

Il est, à ce jour, impossible d’établir un lien entre politique de bas salaire et immigration. En revanche, l’austérité et les politiques qui en découlent font baisser la part des salaires dans la valeur ajoutée depuis plusieurs années (de 67% à 53%), alors que la part des dividendes, elle, a doublé les quinze dernières années. L’austérité, inscrite dans tous les traités européens, est bien la cause de cette situation.

L’immigration ne peut, non plus, être retenue comme cause du chômage. Les secteurs qui emploient le plus d’immigrés sont des secteurs dits « en tension », c’est-à-dire qui peinent à trouver une main d’œuvre adaptée. Dans un pays qui compte encore des droits pour les salarié-e-s, des grilles de salaires, des conventions collectives, il n’y a pas de raison qu’une main d’œuvre immigrée soient considérée comme une concurrence, elle participe au contraire à la richesse nationale en produisant et en payant ses impôts. Sauf à n’être pas déclarée et là, ce sont bien les employeurs qu’il faut mettre au pas, ce à quoi heureusement ne renonce pas nombre de syndicalistes et avec de plus en plus de victoires à leur compte.

L’immigration n’a rien à voir, non plus, avec la désindustrialisation, la robotisation, la numérisation, la concentration agricole, etc., sources de chômage massif.

Les forces de l’argent sont prédatrices partout sur le globe, et pas un peuple n’est épargné. Ce que nous pouvons considérer comme acquis sociaux ne sont que des détails face aux profits qui sont faits sur le dos des travailleurs. C’est dans la solidarité entre les peuples, entre les travailleurs que viendra notre victoire face au capitalisme et non pas dans la lutte contre celui qui vient d’ailleurs.