Élections municipales 2020 : des propositions du pcf (suite)

Dans la continuité du dossier que nous avons publié dans notre édition du 26 septembre, nous avons sollicité quelques élu·es et militant·es du PCF en Gironde sur des thèmes précis. Ils vous font part de leur réflexion, de leur expérience.

Emploi-Économie : Redonner des compétences et des moyens aux communes

La loi NOTRE de 2015 (1) renforce le rôle de la région en matière de développement économique. Elle a la responsabilité de la politique de soutien aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire. Elle fixe les orientations régionales pour une durée de cinq ans.

Les métropoles de la loi MAPTAM 2014 (2) exercent des compétences renforcées, en lieu et place des communes membres, dans plusieurs domaines  : développement et aménagement économique, social et culturel ; aménagement de l’espace métropolitain ; politique locale de l’habitat ; politique de la ville ; gestion des services d’intérêt collectif ; protection et mise en valeur de l’environnement et politique du cadre de vie.

Cela s’est traduit par une politique, régionale et métropolitaine, d’attractivité liée à des « entreprises d’excellence » qui ne profite pas à l’emploi local et force la frange la plus fragile de la population à s’installer en dehors de la métropole.

Sur les communes de la Rive droite le taux chômage est en augmentation.

Dès 2006 les élus communistes de la CUB pointaient les dangers de cette politique, et ont lancés des alertes lors des grands débats, notamment pour «Bordeaux 2030», nous étions malheureusement bien seuls alors. La mise en concurrence des territoires que sous-tend l’attractivité, ne vise pas à répondre aux besoins des populations mais à répondre aux seules nécessités de la rentabilité. 

Pour le projet Euratlantique rive droite en cours, nous défendons l’idée que pourrait s’y développer une activité industrielle vertueuse (recyclage, ESS, économie circulaire…) plutôt que de privilégier les surfaces de bureaux profitant à l’emploi tertiaire (sinon à la spéculation immobilière). Nous nous efforçons à ce que les terrains métropolitains des rives de Garonne reçoivent de nouvelles structures susceptibles de créer de l’emploi, plutôt que des délocalisations.

Nous nous battons également pour l’implantation de l’artisanat, de commerces de proximité, en défendant le maintien des services publics, et en travaillant aux rapprochements des services de l’emploi de notre population. 

La formation professionnelle, compétence régionale, pour nos concitoyens au chômage souvent avec des niveaux de formation non adaptés aux emplois proposés, reste pour nous un combat très difficile. 

Nous voyons bien, dans ce contexte, qu’aujourd’hui, il faut redonner aux communes :

– des compétences notamment dans les domaines économiques, de l’emploi, dans le respect de l’environnement.

– la garantie des moyens financiers, en exigeant un réel financement de l’État, une nouvelle fiscalité locale, et la compensation à 100 % de la taxe d’habitation. 

Y associer la population, lui donner les moyens de comprendre les choix faits, Cela oblige les uns et les autres à porter des avancées dont les citoyen·nes se sont emparés.

Josette Durlin, adjointe au maire de Floirac, chargée du développement économique et de l’emploi

(1) Loi NOTRE : nouvelle organisation territoriale de la république

(2) Loi MAPTAM loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles

L’Éducation : Une priorité et un chantier en perpétuel mouvement

Les communes sont le premier partenaire de l’école publique dont elles assurent l’investissement, l’entretien, le fonctionnement matériel et humain (hormis le personnel enseignant).

La ville de Cenon a fait sienne cette priorité depuis de nombreuses années.

Depuis 2018, outre la construction – en cours – d’une école maternelle, la commune a fait face à une dépense nouvelle d’investissement d’1,2M€ pour permettre la mise en place du dédoublement des classes de Cp et Ce1, investissement que l’État ne compensera qu’en partie.

Au quotidien, accompagner l’école c’est : assurer la présence d’un·e agent technique spécialisé·e (ATS) dans chaque classe de maternelle, assurer l’entretien des locaux maternels et élémentaires, assurer l’accompagnement et le service dans chaque restaurant scolaire, assurer l’aide et le suivi administratif au sein des services municipaux.

Soutenir l’école publique c’est aussi ouvrir largement l’accès aux structures municipales – médiathèque, structures sportives et espaces culturels – et assurer le transport des élèves vers ces structures.

Pour une ville comme Cenon, prendre part à l’Éducation c’est aussi permettre l’accès au numérique par la dotation de matériels, c’est doter les écoles de fournitures scolaires et de matériel pédagogique et, bien sûr, assurer l’achat du mobilier nécessaire.

Ce partenariat et cette priorité ne peuvent décidément pas s’accommoder du carcan imposé aux communes par l’actuel gouvernement. L’accueil de qualité des enfants (plus nombreux sur les communes de la métropole bordelaise) ne peut pas se faire et ne se fera pas en « dégraissant » les effectifs des collectivités territoriales, n’en déplaise à messieurs Lemaire et Darmanin, quand les familles en difficultés rencontrent de plus en plus de difficultés, quand les services sociaux ont de plus en plus de mal à répondre à l’attente de la population plus âgée pour le maintien à domicile de plus en plus nécessaire, devant et le manque et le coût d’un accueil en Epadh.

Il est indispensable que la priorité faite à l’école non seulement perdure mais se développe, notamment en accompagnant les projets autour des classes de découvertes hors les murs et hors de la ville pour tendre vers des séjours d’une semaine favorisant ainsi le vivre ensemble et l’échange sur tous les aspects de la vie quotidienne et la découverte de lieux et de pratiques inconnues. Beaucoup, beaucoup d’enfants à Cenon ne quittent pas leur environnement immédiat et ne partent pas en vacances.

La reconstruction de la piscine municipale devra être sans retard entreprise après la création des nouveaux terrains de foot, ainsi la ville et l’école pourront retrouver dans d’excellentes conditions le programme d’adaptation des enfants « au milieu aquatique » et leur permettre pendant les vacances de passer d’agréables moments en famille.

Ces 2 démarches partent vraiment de besoins réels et d’autres encore peuvent être étudiées et élaborées avec les partenaires que sont les enfants, les familles et l’école.

Éliane Barthélémy, conseillère municipale à Cenon

Faire vivre la démocratie locale : Un sacré projet

Pour qui aura, comme moi, assisté à des réunions publiques organisées par la Mairie, ou suivi les résultats d’enquête d’utilité publique, le constat est terrible : la démocratie est en panne faute de participants.

Celui qui aspire à participer à la gestion d’une ville, ne peut pas ne pas s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour faire participer les citoyens aux choix qui les concernent.

Aujourd’hui, ce que l’on appelle « participation citoyenne » n’est le plus souvent qu’un exercice de style confinant à un simple moment d’information du public.

Trois exemples :

• Grand Parc : 4 000 logements. Réunion publique sur la restructuration du quartier : 70 habitants présents seulement face à une cohorte d’élus et employés municipaux, d’architectes de cabinets d’études, de directions des bailleurs sociaux. Un déséquilibre numérique et sociologique et de langage. Après l’intro de la mairie, les explications des experts, il reste peu de temps pour les questions du public. La mairie revient six mois après dans une configuration publique identique pour donner le résultat des réflexions où personne ne s’y retrouve.

• Plantée sur un arbre du Grand Parc, vue par hasard une affiche jaune de la Métropole annonçant une enquête publique sur la requalification de rues avec horaires et lieu de consultation en journée, des documents sous 15 jours et à la Cité Municipale au centre de Bordeaux. Qui ira ?

• Appel à projets citoyens de la part de la mairie de Bordeaux soumis au vote des bordelais. Des jeunes proposent de construire un kiosque aux Aubiers pour en faire un lieu convivial de rencontre. Qui s’en soucie mis à part les habitants des Aubiers ? Le projet n’a pas reçu suffisamment de voix. Comment ces jeunes rebondiront ils ?

Est-ce que ces types d’exemples sont spécifiques à ces deux quartiers ? Je ne le pense pas.

On peut toujours se lamenter sur la faible implication des habitants à la vie de la cité, mais on n’avancera pas si on ne lève pas les freins techniques, sociologiques et culturels.

Ce type de réunion frustre tout le monde ; les organisateurs et intervenants qui se lamentent de la désertion des habitants et les habitants qui désertent puisqu’ils ont un fort sentiment qu’on ne leur demande leur avis que sur « la forme des bacs à fleurs ».

Pourtant, il suffit de quelques mots échangés sur un trottoir pour se rendre compte que les habitants connaissent leur quartiers et ne sont pas ignorants des enjeux de la ville. C’est le mode de concertation qui est interrogé et, en définitive, la manière dont on entend diriger une ville.

La fracture est profonde et le chemin du retour à la confiance nécessaire à toute co-construction sera long. Il faut donc une volonté politique d’y arriver et des moyens techniques et humains en conséquence.

Je suggèrerai quelques pistes :

• D’abord, il faut réduire la taille des quartiers administratifs de Bordeaux (donc en multiplier le nombre) pour leur (re)donner une identité propre et rapprocher les habitants des lieux de décisions.

• Les habitants sont le plus souvent désireux de s’impliquer, avec leur modestes moyens en temps disponible : il faut donc aller à leur devant, ce qui suppose de sortir des murs et d’aller « au pied des immeubles » ou « sur les lieux de passage », de façon répétée, en se donnant le temps nécessaire.

• Leur laisser le plus possible le pouvoir de réflexion (choix des priorités) et de décision, avec des budgets dignes de ce nom.

• La mise en place de commissions permanentes n’est pas une mauvaise chose en soit, mais comment les constituer démocratiquement (élection ? tirage au sort ?) et quels moyens leur attribuer pour qu’elles puissent travailler avec les habitants ? quelles prérogatives leur donner pour qu’elles consultent des experts (et non l’inverse) ?

• Il faut accepter que les élus soient plus dans un rôle d’accompagnement technique, juridique et financier des projets émis par les habitants, ce qui suppose d’inviter ceux-ci en amont des discussions sur les enjeux stratégiques.

• Il y a une dimension d’éducation populaire à considérer pour plus de citoyenneté. Les moyens : ouvrir des lieux de rencontre, soutenir mieux la vie associative, favoriser l’expression des habitants les plus éloignés de la facilité de débat et de la prise de décision.

Jean-Jacques Bordes, secrétaire de la section de Bordeaux