En finir avec l’humiliation des AESH : Une première victoire à Eysines qui en appelle d’autres

Après 2 semaines de grève et une manifestation départementale devant le rectorat de Bordeaux le 9 octobre, les AESH (Accompagnants d’élèves en situation de handicap) l’EREA d’Eysines (Établissement régional d’enseignement adapté) ont obtenu un CDI qui, jusque-là, était refusé à deux de leurs collègues. Une victoire importante et qui en appelle d’autres pour en finir avec la maltraitance et l’humiliation.

« Maltraitance », « humiliation », ces mots sont ceux du député communiste Sébastien Jumel à l’occasion de la remise de son rapport d’enquête parlementaire sur l’inclusion des élèves en situation de handicap à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées. Car la colère des AESH ne résonne pas qu’en Gironde.

Absence de contrat, retard dans la paye, versement incomplet du salaire, problèmes d’affectation…  Lorsqu’elles (ces emplois sont en très grande majorité féminin) entendent le ministre dire que la rentrée s’est bien passée, ça leur reste en travers de la gorge.  Alors, fin septembre à l’EREA d’Eysines, appuyées par les représentants de la CGT Éduc’action, elles ont dit « stop ».

« On est en grève depuis deux semaines, raconte Marie. La rentrée a été difficile, des collègues sans contrat, pas payés depuis un mois. La mutualisation prévue par la circulaire sur l’école inclusive nous oblige à accompagner plusieurs élèves avec des handicaps différents. Ça nous met dans des situations impossibles. On doit avoir 8 bras, 8 jambes. L’EREA est une école adaptée donc nous sommes 35 AESH, ça a permis de prendre confiance, de donner de l’ampleur au mouvement et d’avoir de l’écho par rapport aux collègues dans le reste du département. Hier, les profs nous ont rejoints sur le piquet de grève ».

Ce mercredi 9 octobre après-midi, AESH, enseignants, parents sont rassemblés à l’appel d’une intersyndicale devant le rectorat de Bordeaux.

Franck Dole, de la CGT Éduc’action, rappelle les problèmes de cette rentrée, les raisons de la grève et la nécessité d’accorder enfin un vrai statut et un vrai salaire à ces salarié·es dont le travail est, depuis trop longtemps, méprisé par l’administration.

Une délégation de l’intersyndicale est reçue en audience par le DRH et le secrétaire général de l’Académie, dans une annexe à Meriadeck. Une manifestation s’improvise pour l’accompagner.

Entre deux slogans, pancartes en main, les mots se bousculent pour témoigner d’un quotidien fait de précarité, de petits boulots cumulés pour pouvoir vivre, d’un sentiment d’injustice, d’abandon, d’un manque total de reconnaissance.

Stéphanie est AESH depuis 10 ans, dont les 6 premiers en CDD et une augmentation de salaire de 3 euros par an depuis qu’elle est en CDI. « Mais comme beaucoup de gens, lorsque je suis passée d’un contrat aidé à 750 € par mois à un contrat public, j’ai perdu 80 € par mois. » Marceline est en CDD depuis 5 ans : «  Une collègue n’a eu que la moitié de son salaire du mois de septembre, on lui a dit qu’elle aurait l’autre moitié le mois prochain », raconte-t-elle. Nathalie a obtenu un CDI dans un collège au bout de 9 ans de précarité, elle gagne 800 € par mois pour un ¾ temps. « J’ai dû me battre pour faire 30h parce qu’avec 20h, ce n’est pas possible de vivre.  Ce n’est pas un choix le temps partiel mais J’adore mon métier. J’ai eu de la chance pour le CDI mais certaines ont des coupures qui autorisent l’administration à les faire repartir sur des années de CDD. J’ai des collègues qui n’ont pas été payées. Elles ne peuvent pas manifester car elles sont souvent obligées d’avoir un autre travail à côté. Certaines font 30h payées 20h. » « On est des fantômes » dit Cécile, 11 ans de CDD en primaire et maternelle, 20h semaine pour 629 € par mois. Marianne travaille dans un lycée professionnel privé : « Quand je vais dans la salle des profs, on me demande si je cherche quelqu’un. Là-bas on est considéré comme des femmes de ménage, ils pensent qu’on fait ça parce qu’on a pas le choix mais nous savons bien que pour les enfants  et les parents nous sommes utiles, voire indispensables. Si on ajoute là-dessus le mépris de l’institution, c’est d’une grande violence. »

« Chaque établissement ou administration interprète la circulaire sur l’école inclusive comme ça l’arrange, explique encore Catherine Amamou, représentante CGT du personnel à l’EREA. Là, on nous demande d’être mobilisable à tout moment, ailleurs on colle une obligation « d’information » un mercredi après-midi alors que tout le monde sait que les AESH ont souvent un deuxième boulot… »…

« Lors de l’audience, les représentants du Rectorat sont bien en peine pour expliquer les cafouillages d’une rentrée qui met de très nombreux AESH en difficulté », raconte la CGT dans son compte-rendu d’audience. « La réforme Blanquer menée au pas de charge malmène également les services administratifs débordés par l’ampleur et la complexité de la tâche ».  Mais le mépris ressenti d’être traité comme ça, avec tant de colère et d’amertume par les AESH, doit être pris en compte. 

Les AESH de l’EREA ont obtenu les CDI qu’elles réclamaient pour deux de leurs collègues. « Cette décision de la rectrice implique le droit à tous  ceux, dans la même situation, d’y prétendre aussi, à savoir : 6 années de contrat AVS-AED valent pour l’obtention d’un CDI sans que soit considéré comme une rupture le fait d’avoir poursuivi son travail avec passage en contrat aidé », souligne le syndicat qui veillera à l’application. Une victoire à l’EREA qui permet aux AESH « de reprendre le travail la tête haute ». 

Au sujet des rémunérations et de la grille d’avancement des CDI, le rectorat annonce, d’après le compte-rendu de la CGT, « son application rapide et un rattrapage pour tous ceux dont l’entretien professionnel n’y fait pas obstacle ».

Localement et nationalement, d’autres mobilisations devraient suivre. 

C.D.