Entreprises en Gironde : Fabien Roussel à la rencontre de salarié·es

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et député du Nord, a engagé, il y a quelques semaines, un tour de France des entreprises, plutôt axé sur l’industrie mais pas exclusivement. Sa démarche s’inscrit dans une volonté des communistes de travailler à réinvestir le débat politique en direction des salarié·es et dans les entreprises. En accord avec les responsables départementaux du PCF, il a rencontré des dockers et leur syndicat CGT le matin à Bassens. Après un déjeuner de presse, il s’est rendu l’après-midi à Getrag, l’usine voisine de celle de Ford Blanquefort, sur laquelle plane des menaces sérieuses après la fermeture de FAI. Là aussi il a rencontré des salariés et leur syndicat CGT. Enfin, dans le quartier Belcier, il s’est intéressé à la situation de salariées de crèches associatives fortement mobilisées pour défendre leurs droits.

Rouvrir le Port du Verdon : Un enjeu environnemental et économique
pour notre région

Lundi matin, en rencontrant Jérémy Barbedette, secrétaire CGT des dockers du Verdon et ses collègues du Port de Bordeaux à Bassens, qui sont aujourd’hui 64 dockers et 21 grutiers, Fabien Roussel, Claude Mellier, vice-présidente de Bordeaux Métropole, Sébastien Laborde, secrétaire départemental, responsables de la Fédération du PCF et militants ont pu ressentir la souffrance, le malaise autour d’un bel outil sous utilisé.

Le port de Bordeaux et ses 7 terminaux le long de l’estuaire ne fonctionne pas, il vivote. L’activité se résume aujourd’hui, essentiellement, à la pétrochimie sur Ambès, les céréales et quelques containers. Alors que Macron n’a que le mot transition écologique à la bouche, le port du Verdon qui permettrait de réduire les camions sur les routes est fermé depuis 2013 !

Une réforme a bradé les outillages (grues, portiques…), qui appartenaient au port, à des privés qui aujourd’hui pour investir exigent des volumes et de la rentabilité, pas assez développés sur Bordeaux. Aussi ces entreprises privées, notamment pour les containers, quittent le port de Bordeaux. Pourtant, pour rouvrir le port du Verdon, on parle d’un investissement de 15 à 20 millions pour les portiques. 

Le Verdon, à la pointe du Médoc, est un port en eau profonde sur la façade atlantique qui pourrait recevoir tout type de bateau pour ensuite acheminer les marchandises via voie ferrée ou voie fluviale. Enfin, ce site a une zone franche très étendue sur laquelle on pourrait stocker de très nombreux containers et y accueillir des entreprises.

À l’heure où l’on parle de réduire l’empreinte carbone et le trafic routier, la réhabilitation du port du Verdon apparaît comme une priorité absolue. Le port de Bordeaux, aujourd’hui, reçoit de la marchandise mais n’exporte que très peu. Ainsi les millions de bouteilles du bordelais, dont les grands crus médocains, s’exportent via Le Havre après avoir pris la route par camions. Il faut mettre fin à cette aberration et l’État doit de nouveau investir dans ses ports, enjeu national pour la transition écologique et enjeu économique stratégique pour la France, porte d’entrée maritime de l’Europe avec sa façade atlantique.

Fabien Roussel, en conclusion de la rencontre avec les salariés, proposait l’idée d’une taxe carbone sur les marchandises selon leur empreinte carbone, et souhaitait interpeller la ministre des Transports sur la question de cette infrastructure portuaire du Verdon laissée à l’abandon depuis 7 ans.

Stéphane Le Bot

Blanquefort : Quel avenir industriel pour Getrag ?

Après la fermeture de FAI (Ford Aquitaine Industrie), ce 1er octobre, et ses 849 licenciements, les salariés de GFT, usine voisine de Ford, qui travaillait étroitement avec elle, s’inquiètent de leur sort. Fabien Roussel – toujours accompagné des responsables et militants de la fédération et de Nicolas Ong, élu communiste d’Eysines – est allé à leur rencontre et de Vincent Teyssonneau, responsable de la CGT Getrag.

Aujourd’hui, l’usine compte 1028 salariés (dont 64 CDD et 130 intérimaires) et produit environ 2200 boîtes de vitesse manuelles, par jour, pour la Fiesta et la Focus essentiellement.

Mais quelles perspectives à l’horizon 2023 et 2024 quand la fabrication des voitures Focus et Fiesta vont s’arrêter ? Comme dans le cas de FAI, l’avenir de ce site industriel semble dépendre des caprices de Ford, de sa stratégie industrielle mondiale et de l’appétit de ses actionnaires. En effet, Getrag appartient pour 50% à Ford (et 50% Magna, fond de pension canadien), tout comme les terrains où sont installés les ateliers de fabrication. Et Ford, unique client de Getrag, décide du prix d’achat des boites de vitesse produites à Getrag Blanquefort.

Les salariés, majoritairement par un droit d’alerte, veulent connaître les intentions de Ford qui, une fois de plus, se mure dans un silence obstiné et inquiétant.

Ford devait se désengager du capital de Getrag comme elle a pu le faire dans une autre usine en Slovaquie au profit de Magna, mais aucune nouvelle… Enfin les ouvriers, pour envisager l’avenir, font le pari de la boîte hybride mais Ford semble vouloir les faire fabriquer en Slovaquie ou ailleurs où la main d’oeuvre est moins chère.

Malgré toute cette mauvaise volonté, Ford, par l’intermédiaire de Getrag, touche encore près de 8 millions d’aide publique par an dont 1,3million de crédit impôt recherche (CIR) sur le site de Blanquefort alors que la Recherche et Développement est basée à Cologne.

Par ailleurs, les salariés de Ford, comme les élus communistes à la Métropole, dénonçent avec force le blanc seing que donnent les collectivités locales et l’Etat aujourd’hui à Ford, qui, avec un chèque de 14 millions (alors qu’il a touché près de 40 millions d’aides des collectivités et de l’Etat) et en cédant 12ha, peut s’en aller sans être inquiété, avec l’assurance de faire une jolie plus-value sur la vente du reste du site à horizon 2024 quand il sera dépollué.

Nous sommes aujourd’hui face à un secteur industriel : l’automobile, qui est en pleine mutation et les grands groupes semblent frileux pour s’appuyer sur les compétences techniques qu’ont ces milliers de salariés de FAI comme Gretag pour, ensemble, construire des projets industriels innovants pour un pôle d’avenir autour de la voiture et des véhicules de demain. 

Aujourd’hui Ford, comme d’autres grands groupes automobiles, sacrifient leurs mains d’oeuvre et ferment des usines pour assurer les marges de leurs actionnaires. Mais demain ?

Fabien Roussel a pris l’engagement devant les salariés de Gretag d’interpeller Bruno Lemaire, ministre de l’économie. Mais ensemble, élus, salariés et habitants devront créer un rapport de force et  construire une alternative pour pérenniser ce site en valorisant les savoirs, l’expertise et les compétences techniques.

S.L.B.

Salariées de crèches associatives : Elles refusent de travailler plus pour le même salaire

Dans le quartier Belcier où elles exercent, le secrétaire national du PCF a rencontré des salariées des crèches associatives qui ont suivi une journée de grève le vendredi précédent.

Érika Trely, Hélène Garma et Sophie Barbedette sont salariées des crèches associatives Canaillous qui comptent trois établissements à Bordeaux, 60 « berceaux » et 29 salariées qui étaient toutes en grève le vendredi 27 septembre. Fabien Roussel leur explique son tour de France de l’industrie et pourquoi le Parti communiste s’intéresse aux conditions du salariat et à ses transformations. Le député affirme aussi qu’il essaie de porter à l’Assemblée nationale la voix des salarié.es chaque fois qu’il lui est possible de le faire. Alors elles se lancent et racontent.

À l’origine de cette colère unanime, un courrier de l’employeur à 27 des salariées, leur proposant de travailler 3 heures de plus par semaine (35 au lieu de 32h) pour le même salaire ; l’augmentation du temps de travail est également rapportée aux 9 temps partiels. On leur fait savoir que si elles refusent, un plan de licenciement économique sera engagé. « On n’allait pas travailler plus pour gagner pareil ! » « On peut dire ce qu’on veut sur les endroits où ne travaillent que des femmes, nous avons toutes été solidaires sur ce coup-là ! ».

La Confédération syndicale des familles à laquelle sont adhérentes ces crèches a suspendu la procédure jusque mi-novembre. « Nous avons repris le travail mais ce chantage a rompu le lien de confiance entre nous et la direction », expliquent les représentantes du personnel. 

Les salariées des Canaillous ont aussi en travers de la gorge la réaction de l’adjointe au maire en charge de la petite enfance, Brigitte Collet, qu’elles ont rencontrée : « En gros, elle nous a dit que l’augmentation de notre temps de travail était un moindre mal si c’était pour sauver les crèches ». Il s’avère que la difficulté économique dont il est question réside en une dette de 100 000 euros, contractée lors d’une période de travaux, dette que personne ne réclamait jusque là. « On ne voit pas pourquoi ce devrait être aux salariées d’en faire les frais », s’exclament-elles. 

Avec des salaires à 1 280 euros nets par mois au bout de 7 ans d’ancienneté pour un temps plein, pas besoin de s’étendre longtemps sur leur refus de voir modifier leur contrat de travail. Fabien Roussel propose d’interpeller par écrit la ministre, Muriel Pénicaud, sur la procédure et la façon dont certains employeurs s’affranchissent du droit du travail, ou du moins essaient. Il propose également d’interpeller les financeurs (mairie, CAF) afin que d’autres solutions soient trouvées pour assurer l’avenir économique de ces trois crèches associatives et que les subventions de fonctionnement, qui stagnent depuis plusieurs années, soient réévaluées.

Avant de se séparer, on se met d’accord sur la suite. Elles savent qu’elles peuvent aussi compter sur les militants communistes bordelais présents. Le député s’engage à les informer des projets gouvernementaux qui pourraient concerner leur secteur d’activité. 

C.D.