L’intersyndicale de l’Énergie en Gironde interdite d’action au péage d’autoroute

Le pouvoir craint-il le retour d’un grand mouvement social ?

Pour leur deuxième journée d’action nationale, les énergéticiens en grève, emmenés par une intersyndicale CGT, CFE-CGC, FO et CFDT — pour demander le retrait du projet « Hercule » de réorganisation, avec privatisation, d’EDF — avaient choisie une opération péage gratuit à Virsac. L’action interdite trois jours avant par la préfecture, les organisations tenteront de la mener au péage de Saint-Selve, estimant que l’endroit est moins sensible. Mal leur en ont pris ! Un incroyable dispositif des forces de l’ordre a intercepté les bus sur l’autoroute et tout fait pour empêcher les grévistes d’arriver à Saint-Selve. C’est finalement au rond-point près de la sortie de Martillac que les manifestants ont pu informer la population des raisons de leur mouvement. D’après la CGT, ils y ont reçu un excellent accueil malgré les problèmes de circulation occasionnés.

« Nous avions choisi de faire cette opération péage gratuit pour faire le parallèle entre la privatisation des autoroutes et celle qu’amènerait le projet Hercule, avec la découpe en deux entités (Vert et Bleu) d’EDF, explique Bastien Leymergie de la CGT énergie 33. Après une journée d’information et de débat avec le personnel le 10 octobre dernier, il s’agissait ce 17 octobre d’utiliser un mode d’action populaire pour s’adresser à la population avec un tract et une pétition. Nous avons été surpris, lundi, de recevoir une interdiction de rassemblement au péage avec rappel des sanctions possibles : emprisonnement, amendes… et précisant qu’il n’y aurait pas de sommation à l’évacuation. »

Les organisations décident de maintenir la mobilisation et le ramassage en bus des grévistes. Le courrier de la préfère évoquant les dégradations sur le péage de Virsac dans le cadre du mouvement des gilets jaunes et les difficultés de circulation sur l’aurotoute A10. Les organisations décident de s’orienter sur le péage de Saint Selve, le pensant moins sensible et l’annonce dans les bus hier matin. « Très vite on s’est rendu compte qu’on était suivi, poursuit Bastien Leymergie. On était une centaine mobilisés sur cette action, alors qu’une centaine d’autres à la centrale de Blaye participaient à une opération interne de barrage filtrant. Pour arrêter nos 3 bus, les gendarmes étaient presqu’aussi nombreux que nous, il y en avait bien 60. Ils nous ont obligés à sortir à Martillac. Quand on voit ce qu’ils sont capables de faire avec des pompiers qui manifestent, nous n’avons pas voulu mettre en danger les agents et les chauffeurs de bus. Par contre, à Martillac, nous sommes sortis et avons occupé le rond-point, ce qui a vite provoqué un embouteillage, le temps de négocier de pouvoir distribuer nos tract et faire signer les pétitions qui demandent le retrait du projet Hercule et le maintien du service public de l’énergie. Nous avons d’ailleurs reçu un excellent accueil en expliquant aux automobilistes que nous n’avions pas prévu de gêner la circulation à cet endroit et pourquoi nous nous battions. Nous avons recueilli 400 signatures sur la pétition en 1 heure. »

Le militant syndical n’en revient pas de tels moyens déployés (hélicoptère, brigade cynophile, pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) sur une opération qui est loin d’être une première, ce mode d’action ayant été souvent utilisé dans de forts moments de mobilisation syndicale ou politique. « À croire que le gouvernement a peur d’une nouvelle fronde populaire, il est vrai que dans les grands mouvements de contestation sociale, il y a souvent de grandes fédérations comme l’énergie en impulsion. Nous étions 60 % de grévistes en Gironde, ils n’arriveront pas à nous faire taire ». 

Suite au succès de la journée de mobilisation des  énergéticiens, le 19 octobre dernier, à l’appel d’une intersyndicale CGT, CFE-CGC, FO et CFDT, contre le projet de « démantèlement et de vente à la découpe du groupe EDF accompagné d’un processus de privatisation, nommé « Hercule », les organisations avaient posé un ultimatum au gouvernement et prévu une nouvelle journée d’action au 10 octobre. Les organisations syndicales ayant été reçues par le PDG d’EDF, JB Levy et la ministre Elysabeth Bornes le 3 octobre, elles avaient décidé de reporter la deuxième journée d’action nationale au 17 octobre. Le 28 octobre, c’est l’Elysée qui devrait recevoir l’intersyndicale, à sa demande (à lire dans notre édition papier la semaine prochaine).

C.D.