Rencontre-formation avec Hélène Bidard : Quelle place des femmes dans la ville ?

Hélène Bidard, membre de la direction nationale du PCF et adjointe au maire de Paris en charge des questions d’égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations et pour les droits humains était à Bordeaux le vendredi 11 octobre pour échanger avec des acteurs locaux et partager son expertise et ses convictions. En soirée, les militant·es communistes étaient notamment invité·es, à l’approche des élections municipales, à réfléchir à la place des femmes dans la ville. Nous l’avons rencontrée entre deux rendez-vous…

Les Nouvelles. Pourrais-tu nous parler de ton parcours et de ton engagement ?

Hélène Bidard. J’ai commencé à militer en 2005 à l’Union des étudiants communistes. Après un cursus à Sciences Po, j’ai travaillé à la mairie de La Courneuve où j’ai rencontré Muguette Jacquin, féministe et députée communiste. Nous étions voisines de bureau. J’étais sans doute déjà sensible à ces questions d’égalité mais elle m’a beaucoup inspirée. Aujourd’hui, j’ai donc ce mandat d’adjointe à la mairie de Paris et dans le parti, je fais ce qu’a fait Laurence Cohen pendant plus de 10 ans, sauf que maintenant, on est plus écouté.

LN. L’effet #metoo* ?

H.B. C’est certain. Cette thématique a toujours été là au PCF. La commission nationale « Féminisme » du parti communiste regroupe 450 personnes. Nous sommes plusieurs élues communistes à avoir ce mandat, notamment dans les 3 plus gros départements, et nous travaillons pas mal en réseau. Mais, globalement, depuis #metoo et dans le cadre de la préparation du dernier congrès national, nous sommes beaucoup plus sollicitées, sur la question des violences faites aux femmes mais pas seulement. On nous sollicite sur la place du féminisme en France et dans le monde, sur ce qui est en train de se passer. Lorsque l’on a demandé aux personnes qui ont rejoint le PCF à la fête de l’Humanité, cette année, les raisons de leur adhésion, les positions féministes du PCF sont venues juste après les positions écologistes. Les nouveaux adhérents sont très sensibles à ces grandes problématiques. Il va donc falloir faire évoluer nos pratiques. Dans une réunion, par exemple, pour favoriser la parole des femmes, personne n’est contre mais c’est toujours une femme qui propose d’aller dans ce sens et souvent, dans la pratique, ça crée des crispations.

LN. Peux-tu nous parler de tes échanges dans la journée ?

H.B. Bien sûr. Accompagnée de M.C. Gonzalez, de la direction du PCF en Gironde, j’ai rencontré, ce matin, Jérôme Mendiela, le président de Fraveillance car cette association a des projets sur Paris. Fraveillance est une initiative citoyenne qui recrée du lien social entre familles monoparentales, notamment en facilitant l’accès au logement. Pour répondre aux difficultés, particulières, rencontrées par les femmes isolées avec enfants, ils ont créé les Maisons des Monoparents, dont une vient d’ouvrir à Floirac. 

C’est une forme d’habitat partagé pour lequel l’association fait la médiation locative. 

Et le midi, nous avons échangé avec Johanna Dagorn, sociologue du Laboratoire Cultures – Éducation – Sociétés (LACES) et co-directrice des cahiers de la LCD (Lutte contre les Discriminations). Elle fait partie des sociologues avec lesquel·les la ville de Paris travaille beaucoup sur les questions de genre dans l’espace public. Nous sommes venus les chercher à Bordeaux car il n’y en a quasiment pas ailleurs, la recherche sur ces questions en est à ses balbutiements. Johanna Dagorn, par exemple, a mené des enquêtes sociologiques sur le harcèlement de rue, les violences sexistes et les discriminations de genre dans l’espace public, notamment sur le campus universitaire.

LN. Ça fait partie des questions qui vont être discutées ce soir avec les militants ?

H.B. En effet. Car lorsque l’espace public est pensé par et pour les hommes, il n’est pas pensé pour tous, et surtout, pas pour toutes. La ville de Paris a édité un guide référentiel de « bonnes pratiques » à destination des professionnels de l’architecture et de l’urbanisme. Il est le résultat d’une recherche action qui a impliqué des professionnel·les, des chercheur·euses — dont les Bordelaises Édith Maruéjouls et Marie-Christine Bernard-Holm — des associations, des citoyen·nes. Le rapport à l’espace, aux distances, les pratiques culturelles, la sécurité ne sont pas les mêmes en fonction du genre. De nombreuses observations nous l’ont confirmé et nous ont amené à imposer la prise en compte du genre comme critère obligatoire et éliminatoire dans les appels d’offre pour la rénovation de grandes places à Paris.

Nous mettons en place ces formations sur la place des femmes dans la ville car il faut que ces questions d’égalité, de lutte contre les discriminations, de respect des droits humains fassent partie des programmes aux municipales.

À Paris, par exemple, nous nous fixons comme objectif de couvrir 100 % des demandes de places en crèches d’ici 2026, entre crèches municipales, associatives et d’entreprises. Nous n’en sommes déjà pas loin car un gros travail a été fait sur la dernière mandature. Mais bien sûr, dans d’autres villes, cela peut poser débat par rapport aux investissements nécessaires. 

Propos recueillis par C.D.

* Campagne sur les réseaux sociaux qui a invité les femmes à témoigner des agressions sexuelles et sexistes qu’elles subissent.