Tour de France des entreprises par Fabien Roussel : « La pression sur les salarié·es, ce n’est plus supportable, ce n’est plus à nous de payer ! »

Profitant de la visite du responsable national, les communistes de Gironde avaient organisé, lundi 30 septembre au soir, une rencontre au siège départemental. Sébastien Laborde, secrétaire départemental, a rappelé que « la manière dont on organise la parole des communistes au sein de l’entreprise, en direction des salariés a été un sujet important » du dernier congrès de l’organisation. « Des journées comme celle-là permettent d’approfondir cette question car rien n’est simple dans ce domaine », a-t-il ajouté avant de passer la parole à Fabien Roussel.

Remerciant les communistes girondin de l’invitation, le responsable national du PCF a expliqué la démarche de ce tour de France : « Nous avons décidé d’organiser ces rencontres, dans les différents départements de France, avec le monde du travail, les salarié.es du privé, du public mais aussi les acteurs économiques, les patrons, pour se rendre compte directement, concrètement de ce qui se passe, de la réalité de notre pays. On pourrait, dans notre discours, dire rapidement que le monde du travail va mal, que les salarié.es sont maltraité.es, exploité.es, etc. Tant qu’on ne va pas concrètement sur le terrain, à l’écoute de ce qu’ils/elles vivent et de ce qui se passe, on n’en connaît pas réellement la réalité. »

Le secrétaire national raconte donc ce qu’il a appris du port maritime de Bordeaux : « J’ai rencontré les dockers et j’ai découvert qu’il y avait ici un grand port géré par l’État, et à l’entrée de l’estuaire, ce terminal du Verdon qui est abandonné depuis plusieurs années. » (lire page 4). « Quand on parle de défendre le climat, de lutter contre le dérèglement climatique et qu’on laisse les viticulteurs, et d’autres, utiliser des camions pour acheminer leur marchandises vers le Havre pour envoyer à l’export alors qu’ici il y a les compétences, le terminal et le bassin permettant de faire ce transport, on se dit qu’on marche sur la tête ». De sa deuxième visite, à Getrag, (usine voisine de celle de Ford qui fabriquait des boîtes de vitesse automatiques alors que Getrag fabrique des boîtes vitesse manuelles), il évoque l’inquiétude de la CGT quant à un départ de Ford sans repreneurs à l’horizon 2023-2025. « Le risque est d’autant plus grand que Ford et Magna investissent en Slovaquie actuellement pour produire là-bas les mêmes boîtes de vitesse. On connaît l’histoire et on sait comment ça se termine s’il n’y a pas la mobilisation de tous, de la population, des salarié.es, des élu.es, des collectivités et si l’État ne s’en mêle pas : ça passe comme une lettre à la Poste. Et ce sera 1 000 emplois perdus, en plus de ceux qui viennent d’être supprimés dans l’usine voisine. Outre le drame pour le bassin d’emploi, ce serait une perte de savoir-faire importante pour notre pays. La CGT est seule à alerter, du coup elle n’est pas écoutée, nous allons donc les aider. »

Enfin, il évoque la rencontre avec les salariées des crèches des Canaillous (lire ci-dessous) qui font face à leur patron qui les menace de licenciement si elles n’acceptent pas l’augmentation de leur temps de travail sans augmentation de salaire. « Ils ont réussi à détricoter le droit du travail, à faire passer beaucoup de choses mais, quand même, ces menaces ne sont pas acceptables, elles visent à faire peur et la direction a cru que ces salariées, toutes des femmes, accepteraient sans sourciller. Heureusement, les déléguées du personnel ont décidé de s’organiser et de dire non. Elles ont raison et nous allons les appuyer dans leur démarche. »

De ces rencontres, Fabien Roussel relève une logique : « faire toujours plus pression sur les salarié.es ». « Ce n’est plus supportable. Il faut le dire haut et fort, ce n’est plus à nous de payer. Il faut maintenant que les richesses que nous produisons dans ce pays soient mieux réparties et ce n’est plus à nous de faire des efforts »

L’objectif du PCF avec ce tour de France est de pouvoir, l’année prochaine, réunir l’ensemble des salarié·es rencontré·es pour élaborer des propositions concrètes « pour une industrie du 21e siècle qui n’exploite ni les hommes, ni les ressources naturelles ». Un objectif que l’organisation lie à celui des services publics qui sont « le meilleur moyen de garantir l’égalité entre les citoyen·nes » et de mener la bataille pour sauver le climat. « Nous allons mener toutes ces batailles de front, en même temps que celle des municipales », poursuit le secrétaire national qui se dit « fier » du travail réalisé par les communistes de Bordeaux sur les transports (lire notre édition de la semaine dernière). 

« J’espère que les appels aux rassemblements que nous avons lancés seront entendus car c’est comme ça que nous pouvons gagner au niveau local, continue Fabien Roussel. Et ici, il y a un beau challenge. À Bordeaux comme dans toutes les autres grandes villes en France, j’espère qu’il y aura des listes communes dès le premier tour, quand on arrive à se mettre d’accord sur un projet qui réponde aux besoins des habitants. » Il rappelle que l’élection municipale, c’est l’élection dans 36 000 communes, dont 35 000 de moins de 5 000 habitants, toutes différentes avec des projets qui doivent se construire à la base. « J’appelle les communistes à prendre part aux listes, non pas en fonction de la couleur politique mais du projet et à condition que l’on ait un espace pour y défendre des choses simples mais auxquelles nous sommes attachés comme la citoyenneté, les circuits courts, l’école, etc. C’est le rôle que nous nous assignons et c’est comme ça que nous devons engager les élections municipales. Tous ensemble, au niveau national, nous nous battrons pour redonner des moyens à nos communes car si on continue à leur fermer les robinets des finances publiques, elles n’auront pas les moyens de répondre aux besoins des habitants ».

Campagne pour un référendum sur la privatisation d’ADP et campagne pour une réforme des retraites juste – qui fasse payer le capital au même niveau que le salariat – n’ont pas été oubliées du responsable national qui a conclu sur la bonne santé du PCF mais la nécessité d’y être plus nombreux. Appel entendu par trois des personnes présentes qui n’étaient pas encore adhérentes. 

C.D.